La BCE laisse les taux souverains décaler

le 04/06/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le rendement des titres d'Etat allemands est passé à 0,88% après la réunion d'hier.

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi © European Union – EP

Le marché a pris le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, au mot. A peine celui-ci avait-il déclaré lors de sa conférence de presse mensuelle hier qu’il fallait s’accoutumer à des périodes de plus forte volatilité, que les rendements des titres d’Etats européens se sont tendus et que l’euro s’est renforcé face au dollar. Le banquier central a cependant réaffirmé que l’assouplissement quantitatif (QE) serait mené comme prévu, au moins jusqu’à la fin de septembre 2016.

Dans la foulée de la conférence de la BCE, le rendement des titres d’Etat allemands à 10 ans se tendait de près de 17 points de base à 0,88%, soit son niveau le plus haut depuis le début de l'année. Le rendement était tombé à 0,073% en avril. Les titres des autres Etats européens se tendaient également à l’exception notable de ceux de la Grèce alors que la perspective d’un accord entre Athènes et ses créanciers se rapproche. L’euro terminait la journée d'hier en hausse face au dollar, à 1,12.

Ce sursaut fait suite aux déclarations de Mario Draghi pour relativiser le mouvement de correction des marchés de taux européens entamé à la fin du mois d’avril. Le président de la BCE a expliqué que ce décalage pouvait être attribué à l’amélioration des perspectives économiques, à la revue à la hausse des anticipations d’inflation ou encore à des facteurs techniques. «Nous devrions nous habituer à des périodes de volatilité plus importante», a-t-il expliqué. Et d'ajouter : «le conseil des gouverneurs a été unanime pour dire que nous devrions ignorer ces développements et maintenir notre politique monétaire».

«Ces commentaires suggèrent que la BCE n’est pas prête à changer les modalités du QE dans les prochains mois, contrairement à ce que nous avions pensé», écrit l’économiste de Crédit Agricole CIB, Frederik Ducrozet. «Nous pensons que seule une détérioration des fondamentaux économiques au regard de leur trajectoire suffira à infléchir la politique actuelle», écrivent les analystes de la recherche taux de RBS. «Cela laisse la porte à de nouvelles corrections», estime le stratégiste change de Citi, Richard Cochinos.

Le président de la BCE a cependant pris soin de disqualifier toutes les anticipations de fin anticipée du QE en soulignant que l'institution comptait mener le programme jusqu’au bout, soit au moins jusqu'à la fin de septembre 2016. Il a assuré qu’en dépit de la période prolongée de taux bas, il ne voyait pas se développer de risques pour la stabilité financière et a affirmé que les banquiers centraux étaient «très loin» de commencer à réfléchir sur la stratégie de sortie. «Nous pensons qu’il y a une probabilité non négligeable que la BCE continue à acheter des actifs publics et privés après septembre 2016», écrit l’économiste de Natixis, Johannes Gareis.

Mario Draghi a reconnu que la croissance avait perdu une partie de son «élan» au deuxième trimestre. Il a cependant attribué ce mouvement à l’affaiblissement de la croissance de pays en dehors de la zone euro et a affirmé que la demande domestique restait forte. Les prévisions de croissance ont été peu modifiées. La BCE table sur une hausse du PIB de 1,5% en 2015, de 1,9% en 2016 et de 2% en 2017.

L’institution a revu à la hausse sa prévision d’inflation à 0,3% pour 2015. Elle l'a laissée inchangée pour 2016 (1,5%) et pour 2017 (1,8%).

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