La zone euro rappelée à la rigueur budgétaire

le 10/12/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

S&P a placé la perspective de l'Espagne à « négative ». Mais la Grèce reste un cas à part

Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles aux Etats périphériques de la zone euro. Après l’abaissement par Fitch, mardi, de la note de la Grèce à «BBB+», S&P a abaissé hier de «stable» à «négative» la perspective attachée à la note «AA+» de l’Espagne. Résultat, les «PIGS» (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne) ont encore connu une journée agitée sur les marchés obligataires. L’écart des taux à 10 ans entre emprunts d’Etat grecs et allemands s’est encore accru de 26 points de base, à 245 pb. Les spreads entre Bunds et emprunts d’Etat périphériques se sont aussi tendus pour la dette irlandaise (+21 pb), portugaise (+13 pb) et espagnole (+9 pb).

Le débat porte désormais sur la capacité de ces Etats à faire preuve de rigueur budgétaire. Malgré le sentiment de défiance généralisé, le marché fait encore le tri entre les cancres et les élèves méritants.

La Grèce reste ainsi un cas à part. En cinq jours, ses rendements se sont tendus de 140 pb sur le 2 ans, à 3,1%, et de 75 pb sur le 10 ans, à 5,58%. Sur la même période, la hausse s’est limitée à 25 pb pour l’Irlande sur ces deux points de la courbe, et de 4 et 8 pb pour l’Espagne. «Je ne suis pas convaincu que le gouvernement, même le Premier ministre, comprenne à quel point la situation est grave», a estimé Christopher Pryce, analyste chez Fitch, au micro de Bloomberg.

La plupart des économistes jugent que l'Union européenne ne peut pas se permettre de laisser tomber Athènes en cas de problème grave sur la dette et de provoquer une crise sur l’euro. Mais les pays membres ont d’abord rappelé hier la Grèce à ses devoirs de rigueur, notamment l’Allemagne. «Nous sommes sous le parapluie de l’euro, mais nous n’attendons pas que quelqu’un vienne nous sauver», a répondu le ministre des Finances grec George Papaconstantinou.

Pour David Mackie, économiste chez JPMorgan, «si le reste de la zone euro estime que la Grèce prend les mesures appropriées, mais que cela ne convainc pas les marchés financiers, une aide extérieure pourrait être à venir, bien qu’il n’y ait pour l’heure aucun plan de marche officiel. Cette aide serait fortement conditionnée à un ajustement budgétaire drastique, et prendrait la forme de prêts remboursables. Mais si la zone euro juge que la Grèce n’en fait pas assez, une aide extérieure serait beaucoup moins probable».

Athènes pourrait s'inspirer de l’Irlande. Après l’injection de 11 milliards d’euros dans les banques du pays et la mise en place d’une structure de défaisance qui portera 54 milliards d’actifs bancaires toxiques, Dublin a donné hier des gages de sérieux au marché. Le ministre des Finances Brian Lenihan a promis 4 milliards d’euros de réduction de dépenses pour l’exercice 2010, et 2 milliards en 2011.

L’Espagne a pour sa part été le premier pays de la zone euro à engager un tour de vis fiscal cet été. Au risque de retarder la reprise économique, alors que Madrid se montre déjà à la traîne de ses principaux voisins. Si S&P a invoqué hier «une détérioration plus prononcée et persistante que prévu des finances publiques, et une plus longue période de faiblesse économique», Jesus Castillo, économiste chez Natixis, rappelle que «le gouvernement semble avoir pris en compte les remarques de la Commission européenne» sur ses déficits. D’où la réaction somme toute mesurée des marchés de taux cette semaine.

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