Tension en vue sur les taux longs

le 31/08/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le « Panel Taux » prévoit une hausse de plus de 30 pb des taux à 10 ans d'ici à fin février 2010

Les statistiques économiques ont renforcé l’idée d’une reprise de l’économie mondiale, favorisant ainsi le retour de l’appétit pour le risque. Les taux des obligations d’Etat à 10 ans pourraient donc se tendre de nouveau. C’est en tout cas le scénario du nouveau Panel Taux Agefi. La majorité des professionnels interrogés, qui avaient prédit en juillet les niveaux de taux actuels, tablent sur une hausse de 33 pb en zone euro, de 31 pb aux Etats-Unis, de 28 pb outre-Manche et de 19 pb au Japon d’ici à fin février 2010.

Une reprise plus rapide que prévu en zone euro pourrait nourrir une hausse des taux à 10 ans qui s’établissaient vendredi à 3,27 %. De fait, 82 % des interrogés les voient au-dessus des niveaux actuels d’ici fin février 2010, contre 18 % en dessous. Lazard Frères Gestion et UBS font partie des plus agressifs avec des taux attendus à 3,90 % et 4 % sur le même horizon. Crédit Agricole va jusqu’à les voir à 4,10 %. En revanche, SG CIB et Nomura jouent le scénario de forte détente et les attendent à 3 % et 3,20 % d’ici à six mois. 

Cette divergence est à l’image de celle des membres de la BCE qui se réuniront ce jeudi. Alors que Jürgen Stark est apparu plus optimiste sur le calendrier d’une reprise en zone euro, Yves Mersch et Axel Weber estiment que la reprise actuelle n'est pas durable car elle s'appuie sur les plans de relance. D’ailleurs, tous les membres du panel anticipent un taux refi maintenu à 1 % ces six prochains mois. La faible croissance des prêts destinés au secteur privé publiée à 0,6 % en juillet a exacerbé les craintes d’une offre de crédit durablement limitée et renforce le scénario de statu quo.

La pause semble aussi se profiler aux Etats-Unis, aucun des membres du panel n’anticipant une hausse des Fed funds au-delà de la marge de fluctuation de 0-0,25 % dans les six mois à venir. D’ailleurs, le président de la Fed de Saint-Louis, James Bullard, a appelé à la prudence vis-à-vis de la reprise américaine, jugeant prématurée une hausse des taux. Pour autant, l’idée de sortie de crise trotte dans la tête de certains membres de la Fed. Deux d’entre eux ont appelé l’institution à ne pas trop soutenir l’économie et à rester concentrée sur la sortie de l’assouplissement quantitatif au vu des signes de reprise. Alors que les marchés actions semblent en faveur de la thèse la plus optimiste, le panel, lui, voit à la quasi-unanimité de ses membres les taux des Treasuries à 10 ans atteindre les 3,79 % sur un horizon de six mois. Barclays Capital et Crédit Agricole les prévoient à 4,20 %  d’ici février alors que SG CIB anticipe un reflux sous les 3 % à 2,75 %.

Côté change, les surprises venant des données économiques ont brouillé les cartes. Le panel ne s’attendait pas à ce que le billet vert se déprécie autant cet été face à l’euro et au yen. Les niveaux de l’euro/dollar et du dollar/yen s’établissaient vendredi, dans l’ordre, à 1,436 et 94, contre une prévision à trois mois en juillet de 1,38 et 99,3, soit des écarts d’environ 4 %. Alors que l’idée d’une sortie de récession américaine au troisième trimestre gagne du terrain, la prévision à six mois annonce un renforcement d’environ 4 % du dollar face à l’euro et au yen.

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