Le temps presse pour la BCE

le 26/03/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

En refusant la politique à taux zéro, la BCE maintient des conditions de financement à court terme plus élevées qu’elles ne le sont dans les autres zones monétaires. En ne procédant pas à des achats fermes de dettes, la BCE ne fait pas baisser les taux d’intérêt à long terme, contrairement à ce à quoi s’attachent la BoE, la Fed et la BNS. Enfin, si les liquidités supplémentaires qui sont injectées sur le marché interbancaire font bien enfler la base monétaire, elles ne conduisent pas à une baisse significative des taux de marché. On voit alors sans surprise que la courbe swap en euro est toujours de 35pb supérieure à la courbe swap en dollars. Les conséquences immédiates pour la zone euro de cette politique sont doubles.

Tout d’abord, la BCE crée les conditions d’une appréciation de la devise. L’euro s’est renchéri de 5% contre dollar depuis l’annonce d’achat de dette publique par les autorités monétaires américaines et l’intervention de la Banque nationale suisse pour affaiblir le franc. Or, une hausse de 10% de l’euro contre dollar ampute la croissance européenne de 0,5% de PIB par le commerce extérieur et fait économiser 0,1 point d’inflation via le prix des matières premières, énergétiques et autres. Dans un contexte récessif prononcé, où les craintes déflationnistes se renforcent, l’appréciation de la devise laisse donc s’accroître les risques économiques.

Ensuite, l’absence d’achats fermes de dette par la banque centrale ampute l’effet revenu (croissance) de la relance européenne. Il pourrait être plus important si la BCE s’appliquait à faire baisser les taux longs directement. Elle n’épaule donc guère les politiques budgétaires, l’ouverture des déficits publics est «gaspillée» en partie par la politique monétaire. Il y a donc urgence à baisser une nouvelle fois le taux repo dès le conseil monétaire d’avril.

A lire aussi