Les taux courts suspendus aux banques centrales

le 26/10/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Depuis début octobre, la tendance est à la hausse pour la partie courte des courbes des taux

Après avoir touché leur point bas en septembre, les taux courts renouent avec la hausse. Depuis début octobre, les rendements obligataires à 2 ans ont crû d’environ 15 points de base aux Etats-Unis, en Europe et outre-Manche, le marché étant davantage à l'écoute des banques centrales. « Les commentaires des banquiers centraux visant à préparer le marché à une réorientation des politiques monétaires a nourri la remontée générale des taux courts », estime René Defossez, stratégiste taux chez Natixis.

Les banques centrales sont à l'origine de la montée des taux courts, qu'il s'agisse des titres d’Etat ou des taux swaps. «La tension des taux courts américains a commencé début octobre après l’évocation par la Fed de l’éventuel recours aux opérations de reverse-repo comme outil de sortie de crise», précise Guillaume Baron, stratégiste taux chez SG CIB. En Europe, le gouverneur allemand de la BCE, Axel Weber, a récemment déclaré qu’il était «temps de commencer à penser à relever les taux d’intérêt et de retirer la liquidité d’urgence du système bancaire même si un tel acte n’est pas encore nécessaire», précisant qu’«il n’y a actuellement pas de risques inflationniste». Les prises de parole des membres de la Banque d'Angleterre ont provoqué le même phénomène outre-Manche, même si les taux se sont détendus vendredi après le très mauvais PIB (lire page 2).  

«Il est clair que le bavardage accru autour des stratégies de sortie, tout particulièrement de la part des représentants de la BCE, a été accompagné par une révision à la hausse des anticipations de taux d’intérêt par le marché pour la zone euro et les autres marchés», écrit dans une note Barclays Capital. Selon Reuters, les anticipations à 12 mois sur le refi sont passées de 1% en juin à actuellement 1,50%, soit une hausse de 50 pb attendue d'ici à fin 2010. Des paris excessifs, jugent cependant certains bureaux comme BNP Paribas, compte tenu de la faiblesse de la reprise et de l'inflation sous-jacente.

Par ailleurs, ces sorties officielles interviennent au moment où les conditions de liquidités dans le système bancaire s'améliorent, comme en a témoigné la faible participation à la récente opération de refinancement à 1 an de la BCE. «Le faible taux de remplacement des emprunts arrivant à échéance observé le 7 octobre lors des opérations de refinancement de la BCE à 3 et 6 mois (10% à peine) signifie que les réserves excédentaires se résorberont plus rapidement que ne l’avait anticipé le marché. Elles pourraient ainsi revenir en zone critique entre la mi-novembre et la mi-décembre, explique Guillaume Baron. Ces résultats ont provoqué des ventes importantes sur la partie courte de la courbe des taux européennes sur laquelle le marché s’était fortement positionné».

Pour René Défossez, «avant de pouvoir normaliser sa politique monétaire, la BCE pourrait changer le cap de sa stratégie d’injection de liquidités en réduisant dès que possible la part des opérations de refinancement à long terme, actuellement de 90% contre 33% avant la crise, voire en changeant les modalités du prochain refinancement à un an, en décembre». Selon l'expert, la convergence de l’Eonia vers le taux de refinancement se fera au rythme de l’absorption des excès de liquidité. Elle serait alors le signe du retour à la normale sur le marché monétaire.

A lire aussi