« La reprise est fragile aux Etats-Unis »

le 28/06/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Sylvain Broyer, économiste chez Natixis

L’Agefi : Selon vous, la BCE peut-elle poursuivre ses mesures de liquidités exceptionnelles jusqu’en 2011 ?

Sylvain Broyer: L’hypothèse n’est pas à exclure. Tandis que la liquidité nette s’est réduite depuis un an (498 milliards d'euros en juin 2010, contre 661 milliards en septembre 2009), des dysfonctionnements sur le marché interbancaire s’observent de nouveau. L’écart de taux entre le Libor 3 mois en dollar et le swap overnight a triplé depuis avril. Les banques ne se prêtent qu’à maturité très courte et sont de plus en plus tributaires des liquidités de la banque centrale (les banques espagnoles en ponctionnent 17% aujourd’hui contre 4% en 2007). Ces difficultés sont liées à la crise des dettes publiques, dont les banques sont de gros détenteurs. Il y a contagion. Elle perdurera tant qu’une restructuration de la dette grecque animera le sentiment des marchés.

Au vu des rebonds du PIB et du marché de l’emploi aux Etats-Unis, peut-on s’attendre à une hausse des Fed funds d’ici la fin de l’année ?

Nous tablons sur une hausse plus tardive, pas avant le premier semestre 2011. La reprise est fragile aux Etats-Unis. Elle a été entretenue ces derniers mois par le stimulus monétaire, qui a enrayé la hausse du taux d’épargne des ménages, et le redémarrage du commerce mondial. Mais la croissance américaine ne sera plus que de 1,5% annualisé au troisième trimestre 2010. L’inflation n’est pas une menace immédiate.

Enfin, la politique monétaire doit composer avec l’explosion du bilan de la Fed depuis la crise. Aujourd’hui, la Banque centrale américaine doit rémunérer 25 points de base sur 1.066 milliards de dollars placés en réserve par les banques, tandis que son actif se compose désormais à 40% de titres publics et à 47% de titres privés.

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