La relance de la titrisation pourrait nuire à sa réforme

le 30/09/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Selon Barcap, la reprise des émissions fait perdre à la BCE son unique chance d’améliorer la transparence sur ce marché

Le succès des titrisations de Volkswagen et de Lloyds a ouvert l’appétit des investisseurs et pourrait inciter les banques à ne plus se refinancer auprès de la BCE. De fait, la titrisation a connu depuis la crise une activité en trompe-l’œil, les banques retenant massivement dans leur bilan les tranches émises pour les déposer en contrepartie des liquidités centrales.

«Les émetteurs qui se reposent sur les facilités de liquidités de la banque centrale encourent des coûts de financement élevés du fait des larges décotes [haircuts, ndlr] appliqués aux actifs mis en garantie, précise Credit Sights, il n’est pas surprenant que les émetteurs aient envie de rouvrir le marché». En 2008, près de 760 milliards d’euros de tranches l’ont été, selon UniCredit. La rétention des tranches a été ramenée cette année à 288 milliards d’euros.

Il n'empêche que si les volumes retenus demeurent conséquents, une normalisation rapide de l’activité primaire risquerait de ne pas laisser de temps à une réforme de l’industrie. Hans Vrenken, coresponsable de la recherche ABS en Europe chez Barcap, a déclaré à Londres, que «la BCE est en train de perdre son unique chance d’améliorer la transparence sur le marché de la titrisation avec le redémarrage du primaire». Selon lui, plus la BCE tardera à sortir son fameux projet de publication des données «prêt par prêt», moins une réforme structurelle sera utile. «Alors que la réouverture du marché résout les soucis de stratégies de sortie de crise des gouvernements, celle-ci réduit leur capacité à remodeler le marché par la contrainte par opposition à la force», note CreditSights. Le bureau d’analyse estime qu’il est trop tard pour durcir la réglementation par la manière douce et qu’il y a désormais un risque que le marché avance sans avoir résolu aucune des faiblesses dont ont fait preuve les titrisations lors de la crise.

De plus, un durcissement des règles pourrait s’avérer onéreux. Souhaitant restaurer la discipline et la transparence du marché et rendre la relance de la titrisation durable, le FMI a élaboré plusieurs propositions, allant de normes de comptabilisation plus rigoureuses pour les entités hors-bilan à l’imposition d’un taux de rétention minimum de 5 %. Mais le fonds n’a pas caché qu’une exécution simultanée de ces propositions pourrait «rendre la reprise de la titrisation trop coûteuse».

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