Une reflation rapide en zone euro ne nous semble pas crédible

le 22/06/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Michael Soued, directeur du pôle taux & devises chez State Street Global Advisors France

L'Agefi : La BCE a laissé ses taux à 1 % alors qu’elle a encore abaissé ses perspectives d’activité en zone euro en 2009. Ce niveau de taux vous semble-t-il approprié ?

Michael Soued : La BCE prévoit une contraction de 4,6 % de l’activité cette année avec une accentuation de la désinflation. Quelques indicateurs avancés ont redonné espoir aux marchés, mais les fondamentaux restent préoccupants. Aussi, en contradiction avec le consensus actuel, nous croyons que ce niveau de repo sera maintenu pour plusieurs mois et la probabilité d’assouplissement ne nous semble pas suffisamment intégrée dans les cours à un horizon un an. Conventionnelles ou non, les interventions monétaires ne se transmettent pas efficacement à l’activité réelle, mais certains « faucons » pointent déjà du doigt les déficits pour alerter sur les risques de reflation rapide. Ce dernier scénario ne nous semble pas crédible à ce jour.

Croyez-vous à une poursuite de la montée des taux à 10 ans américains ?

La puissante remontée des taux réels américains n’est pas uniquement le fait d’une révision des prévisions de croissance outre-Atlantique. Il faut surtout y voir le percement de la bulle post-Lehman ou un réajustement des primes de risque entre classes d’actifs. La crainte des montagnes d’émissions publiques joue aussi un rôle important tout comme la couverture des positions de mortgages. La correction des titres à 10 ans est toutefois exagérée au vues des forces déflationnistes toujours en place. Le scénario de reprise en V est déjà très intégré dans les cours. Et même si nous croyons au resserrement monétaire de la Fed en fin d’année prochaine, il nous semble que la sortie de crise sera lente, avec une croissance potentielle durablement affectée.

A lire aussi