Les politiques monétaires soutiennent l'euro

le 28/09/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les décisions unilatérales de la Banque du Japon ou de la Fed retournent la devise à la hausse

Depuis juin, l’euro est immunisé contre la résurgence du risque souverain au sein de la zone euro. La monnaie unique enregistre une envolée de 13,2 % vis-à-vis du dollar à un plus haut, hier, de 1,35 dollar pour un euro. Au grand dam des exportateurs européens, cette dynamique, soutenue désormais par les positions longues spéculatives en faveur de l'euro, s'est généralisée au yen, à la livre et au franc suisse. La résultante des décisions de politiques monétaires unilatérales des banques centrales.

Avec un bond de 13% en quatre mois, l’euro fait mieux que l’or (+7,6%). Si la remontée de l’euro/dollar s’est effectuée dans le calme avec des volatilités à une semaine et à 3 mois stables autour des 11-12%, elle a été nourrie par les mouvements spéculatifs: les positions non commerciales sur contrats futures, selon la CFTC, sont passées pour la première fois de l’année en territoire positif avec un solde net acheteur (d'euros) de 5.097 contrats le 21 septembre.

Surtout, l'euro/livre progresse depuis début septembre d'environ 2,6% à 0,85, l'euro/franc suisse de 3,3% à 1,3260, et l'euro/yen de 7,1% à 113,5.

Cette situation est la résultante de statistiques favorables à la zone euro et de politiques des banques centrales, notamment américaine (Fed), britannique (BoE), japonaise (BoJ) et suisse. «L’euro a de manière surprenante résisté au regain d’inquiétudes sur la dette souveraine, note Crédit Agricole CIB. Nous ne pensons pas que la publication de données macroéconomique moins bonnes cette semaine affectera la devise». L’indice Ifo du climat des affaires outre-Rhin, contre toute attente, s’est légèrement amélioré en septembre. Après la publication surprise d’une progression de 0,2% en juin de la masse monétaire M3 au sein de la zone euro (consensus à -0,1%) l’euro/dollar a touché en séance un plus haut de 1,35.

D’après Crédit Agricole CIB, «la Fed a précipité le déclin du dollar en ouvrant la porte à de nouvelles mesures d’assouplissement monétaire». De fait, l’idée d’une offre supplémentaire de billet vert par des rachats de titres d’Etat explique pour beaucoup le recul du dollar. Aux yeux de Natixis, qui se réfère aux minutes de la BoE, «le sterling se retrouve dans la même situation que celle des Etats-Unis avec une banque d’Angleterre prête à assouplir davantage sa politique monétaire si besoin était». La Banque du Japon est intervenue il y a une douzaine de jours sur le marché des changes pour faire reculer le yen face au dollar, et de surcroît vis-à-vis de l’euro, tandis que la Banque nationale de suisse scrute encore l’évolution du franc suisse.

Cette dynamique reste problématique pour la zone euro. Selon CA CIB, un euro affaibli via un processus de dévaluation externe aurait permis - de manière plus rapide qu’une dévaluation par une baisse des prix et des salaires - de réduire l’impact négatif du processus d’austérité budgétaire. La banque, qui table sur un euro/dollar autour des 1,42 dans les 3 à 6 mois, estime que le nouveau profil de l’euro pourrait avoir un impact négatif significatif sur l’activité et l’inflation en zone euro. «Une appréciation de 10 % de la devise pondérée du commerce ampute de 0,75 point le PIB de la zone euro avec un décalage de 18 mois», note l’établissement.

A lire aussi