Parfum de crise asiatique en Europe de l'Est

le 05/02/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La BRI s'inquiète de la situation actuelle marquée par la chute continue des devises locales

Le pire est à venir pour les pays de l’Est fragilisés par la crise financière et la récession en zone euro. Alors que leurs déficiences structurelles se traduisent par des dépréciations records de leur devise, à l’instar du rouble qui a touché son plus bas face au dollar hier, la Banque des règlements internationaux en vient même à tracer des similitudes entre les conditions financières et économiques actuelles dans l’Europe émergente et celles des économies d’Asie du Sud-Est avant la crise de 1997-98.

Le scénario de «crise asiatique» pour les économies émergentes d'Europe de l'Est est désormais pris au sérieux par le marché des changes, en témoigne la chute depuis juillet de 54% du rouble russe face au billet vert et l'effondrement de 61% du forint hongrois par rapport au dollar.

Fitch a pour sa part rétrogradé hier d'un cran à «BBB» la note de la Russie, qui s'apprête à injecter environ 40 milliards de dollars de fonds propres dans ses banques. Le patron de la Berd (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) a estimé quant à lui que les réserves russes de changes pourraient s'épuiser si la crise financière mondiale durait jusqu'en 2011.

Dans un rapport (Lire dans «Aller plus loin»), la BRI note des points communs entre de nombreux pays d'Europe de l'Est et leurs homologues asiatiques en 1997 tels que la «croissance rapide du crédit dans le secteur privé, avec une part importante des prêts libellés en devise étrangère», et de «larges déficits de comptes courants causés par le secteur privé et financé par des afflux de dettes, qui se sont nettement retournés après la crise»

Par ailleurs, les politiques de change sont aussi similaires. Alors que le forint a subi une débâcle de même envergure que celle du bath thailandais en 1997, la BRI rappelle que les économies asiatiques avaient des taux de change fixe, contre le dollar américain. Aujourd'hui, alors que certains pays de l'Est voient leurs réserves de change fondre à vive allure, les pays bénéficiant de l'aide du FMI doivent laisser se déprécier leur devise, à l'instar de l'Ukraine ou de la Biélorussie. 

Pour la BRI, les pays de l'Est montrent aussi un niveau de dépendance vis-à-vis de quelques créanciers du système bancaire européen similaire à celui de leurs homologues asiatiques vis-à-vis des banques japonaises. «Les avoirs détenus par les banques autrichiennes en République tchèque, en Hongrie et en Slovaquie représentent environ 20% de leur PIB annuel, tandis que ceux des banques suédoises dans les Etats baltes flirtent avec les 90% de PIB combinés, précise l'institution. Un choc défavorable sur l'une ou plusieurs banques étrangères pourrait se traduire par des retraits de fonds des pays d'Europe émergente».

Mais certaines différences rendent moins plausible une crise de type asiatique. Le contrôle d'une grande partie du système bancaire d'Europe de l'Est par des acteurs étrangers qui semblent financièrement solides est aussi gage, pour la BRI, de meilleures techniques de gestion du risque et de supervision. Par ailleurs, la croissance du crédit s'est concentrée sur les ménages et non sur les entreprises, à la différence de l'Asie il y a dix ans.

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