Le « Panel Change » voit l'euro/dollar refluer

le 04/10/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La prévision moyenne à 3 mois ressort à 1,31, suggérant une baisse modérée de la parité d’ici à fin 2010

Les craintes d’un «double creux» du PIB américain et les politiques monétaires unilatérales rendent plus difficile la prévision des taux de change, surtout sur l’euro/dollar. Les membres du Panel Agefi sont bien placés pour le savoir. Début juillet, alors que le taux de change se traitait à 1,254, leur prévision moyenne pour début octobre était ressortie à 1,21, contre un cours de 1,376 vendredi. La nouvelle prévision à 3 mois ressort à 1,31, suggérant une dépréciation modérée de la parité d’ici à fin 2010.

L'euro/dollar, qui s'est décorrélé du risque souverain en zone euro depuis juin, est passé de 1,28, début septembre, à 1,376 vendredi. Cette appréciation s'est faite dans le calme. La volatilité à 3 mois de la parité est restée stable le mois dernier à 12,5% et ce, en dépit du repositionnement des hedge funds sur l'euro. La prévision moyenne du Panel à 3 mois sur l’euro/dollar - qui était à 1,21 en juillet et à 1,24 en septembre - a été relevée à 1,31. La parité devrait se stabiliser à 1,30 d'ici mars 2011.

En juillet, seul LCF Edmond de Rothschild avait vu le plus juste en anticipant un euro/dollar à 1,40 à horizon 3 mois, contre des prévisions allant de 1,15 à 1,25. Aujourd’hui, la société de gestion, à l’instar de JPMorgan, anticipe une nette chute de la parité à 1,25 sur le trimestre en cours. Groupama AM et Cholet Dupont sont les plus agressifs avec des prévisions pour la fin 2010 à 1,41 et 1,38.

L’exercice de prévision des taux de change est rendu difficile par l'incertitude accrue sur le risque d’une rechute du PIB américain. A cela s’ajoute la politique des banques centrales américaine et britannique, prêtes à assouplir davantage leur politique monétaire non-conventionnelles. De l'autre côté, les statistiques en Europe s'avèrent plus reluisantes, tandis que les banques européennes sont de moins en moins nombreuses à participer aux opérations de refinancement de l'Eurosystème. Un soutien technique certain pour l'euro, qui a également profité - ou pâti, si l'on se place du côté des exportateurs - de l'intervention japonaise sur le yen.

Vu l’absence de coordination en matière de change, la Banque du Japon (BoJ) devra trouver seule les solutions pour affaiblir le yen, dont l’appréciation pénalise les exportations de l’Archipel. La devise se traitait vendredi à 83,16 yens par dollar, contre un plancher de 83,04 le 14 septembre. Comme pour l’euro/dollar, le Panel a revu sa copie sur le dollar/yen. La prévision à 3 mois sur la parité, à 92 en juillet et 87,2, en septembre, ressort à 84,5 en octobre. Seuls BNP Paribas et Deutsche Bank voient le taux atteindre les 82, seuil de déclenchement d’une intervention de la BoJ. JPMorgan va jusqu'à parier sur un dollar/yen à 79.

D’ailleurs, cette situation sur le yen pourrait impacter les taux longs nippons. Quatre membres voient désormais les taux à 10 ans sous 1% d'ici à 3 mois. Dexia AM et LCF Edmond de Rothschild, qui défendaient déjà ce scénario en septembre, ont été rejoints en octobre par JPMorgan et Natixis.

Par ailleurs, la publication ces derniers mois de statistiques décevantes aux Etats-Unis ont nourri la détente des taux à 10 ans des deux côtés de l'Atlantique, alors que le Panel s’attendait en juillet à une tension, à horizon 3 mois, de 29 pb des taux européens à 2,87% et de 42 pb des taux américains à 3,36%. Vendredi, ils se traitaient respectivement à 2,3% et 2,52%. Dans ces conditions, le Panel a modéré ses perspectives de hausse. Les taux européens et américains se tendraient respectivement de 21 pb à 2,51% et de 16 pb à 2,68% d’ici fin 2010. La tension devrait se poursuivre au premier trimestre 2011 de 23 et 28 pb à 2,74 % et 2,96%. Un scénario de remontée des taux qui suggère une amélioration macroéconomique, mais qui n’est pas assez violente pour s’apparenter à un krach obligataire.

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