Nouvelle donne en gestion de fortune

le 16/09/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Selon l'étude du BCG, l'Europe distance l'Amérique du Nord. L'Asie représente l'avenir

La crise modifie les grands équilibres dans la gestion de fortune. L’Europe en a profité pour creuser l’écart avec l’Amérique du Nord en 2008 en termes d’actifs gérés, selon l’étude annuelle Global Wealth du BCG, dans un contexte où, pour la première fois depuis 2001, les encours ont décliné à l’échelle mondiale (-11,7 % à 92.400 milliards de dollars). Pendant qu’ils reculaient de 5,8 % sur le Vieux Continent, à 32.700 milliards, ils ont plongé de 21,8 % en Amérique du Nord , à 29.300 milliards, à changes constants.

Alors que les deux continents étaient au coude à coude en termes de part de marchés en 2007 (respectivement 35,5 % et 35 %), l’écart passe à 3,7 points (35,4% et 31,7%), le gagnant étant le Japon (de 11,4 % à 14,6 %). Les clients outre-Atlantique ont notamment été désavantagés par une surpondération traditionnelle des actions dans les portefeuilles. Cette classe d’actifs représentait encore 38 % des montants gérés outre-Atlantique en 2007, contre 50 % en 2007.

« Nous estimons que la valeur des actifs reprendra sa croissance en 2010, mais graduellement. Elle devrait croître à un rythme annuel moyen de 3,8 % entre fin 2008 et fin 2013 pour atteindre 111.500 milliards », expliquent les auteurs de l’étude. Si l’Asie (hors Japon) a également été touchée par la baisse des marchés en 2008 (-6.200 milliards de dollars d’actifs), elle sera la grande gagnante de la reprise des marchés à partir de 2010, selon le BCG. Elle devrait représenter 16,2 % des encours en 2013, contre 12,4 % en 2008 et 12,3 % l’année précédente. En revanche, l’écart entre l’Europe et l’Amérique du Nord devrait continuer à se creuser: la première parviendrait à accroitre légèrement son poids dans la gestion de fortune en 2013 (36,6 % des encours, soit 40.800 milliards), tandis que le second poursuivrait sa descente (28 %, soit 31.200 milliards).

Entretemps, la crise a affecté la rentabilité des acteurs de la gestion de fortune. Selon les 124 groupes étudiés par BCG, la marge avant impôt médiane est passée de 36,4 % à 30 % en un an. En outre, « les coefficients d’exploitation ont augmenté dans la plupart des régions du monde. Etant donné la pression sur les revenus, la plupart des gérants devront privilégier la baisse des coûts », écrivent les rédacteurs. Ce alors que les clients exigent davantage de services.

La pression à laquelle doivent faire face les paradis fiscaux aujourd’hui n’était pas aussi forte en 2008. Malgré tout, la valeur de leurs actifs gérés a reculé de 8 % à 6.700 milliards (dont la moitié en Suisse et dans les divers centres britanniques). Il ressort du rapport que les centres offshore font face à une certaine désaffection peu en rapport avec l’évasion fiscale : les grands fortunes brésiliennes, chinoises ou indiennes ont davantage de confiance en leurs systèmes bancaires nationaux. Au Moyen-Orient, la jeune génération, qui capte une part croissante de la richesse, estime qu’investir dans sa région d'origine est une solution de remplacement crédible. « Les banques offshore répondent à cette menace de deux manières : s’implanter à l’étranger pour capter les flux onshore et privilégier une approche transparente et pérenne de la gestion offshore », précise l’étude.

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