Le marché monétaire redonne signe de vie

le 24/04/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le profil de l'Eonia et le recours aux facilités de la BCE prennent un tour plus normal

Depuis plusieurs semaines, l’Eonia remonte. Le taux au jour le jour auquel se prêtent les banques européennes s’inscrit désormais à 0,954 %. Un niveau supérieur à ceux d’il y a un mois. Mais dans l’intervalle, la Banque centrale européenne (BCE) a baissé son taux directeur de 25 points de base début avril, à 1,25 %, une diminution qui ne s’est donc pas du tout répercutée sur le marché monétaire. Est-ce le signe d’un regain de tension ? Au contraire, répondent la majorité des stratégistes taux.

«Même s’il est prématuré de considérer que les tensions sur le marché monétaire sont terminées, nous y voyons un signe de normalisation », indiquent Luca Cazzulani et Giuseppe Maraffino, chez UniCredit. La remontée de l’Eonia s’accompagne en effet d'autres phénomènes. Des volumes quotidiens « élevés, autour de 40 milliards d’euros », croit savoir Barclays Capital. Et surtout, une baisse du recours à la facilité de dépôt au jour le jour de la BCE - rémunérée à 0,25 % - qui s'était généralisé après la faillite de Lehman.

Les établissements financiers, qui replaçaient en moyenne 300 milliards d’euros de liquidités excédentaires au plus fort de la crise auprès de la banque centrale en ont réduit l'usage à 20 milliards d’euros. Dans le même temps, la demande d’argent au jour le jour auprès de la BCE s’est elle aussi réduite.

« L’excédent de liquidité dans le système s’est tari. Des signatures plus fragiles qui pouvaient auparavant se fondre dans la masse doivent aujourd’hui emprunter plus cher que les autres, ce qui contribue à faire monter l’Eonia. C’est le signe d’un fonctionnement plus normal du marché », souligne le stratégiste taux d’intérêt d'une banque à Paris.

Ce faisant, le taux au jour le jour recommence à se rapprocher du refi, ce qui était la règle avant la faillite de Lehman. La prochaine baisse des taux de la BCE, attendue à 25 pb le 7 mai, pourrait accentuer le mouvement. L’Eonia s’éloigne du taux de la facilité de dépôt qui s’était transformé cet hiver en « vrai » taux directeur de la BCE et témoignait d’un marché monétaire sens dessus-dessous. Cette anomalie était due à deux décisions de la banque centrale : le choix, à partir du 8 octobre, de procéder à des injections illimitées de liquidités à taux fixe, et la réduction de 100 pb à 50 pb du corridor entre le refi et la facilité de dépôt, qui rendait l’usage de cette dernière moins pénalisante. Le corridor a été élargi à nouveau en janvier.

Nul ne connaît la part du refinancement des banques qui s’effectue au jour le jour. Tous les acteurs du marché n’observent cependant pas la remontée de l’Eonia d’un bon œil. « Ce n’est pas une bonne nouvelle, à deux titres. D’une part, avec l’argent au jour le jour quasiment au même prix que les prêts à un mois, la structure plate de la courbe monétaire n’incite pas les investisseurs à prêter à terme », écrit Guillaume Baron, à la recherche taux de SG CIB. D’autre part, « si le marché s’habitue à des fixings Eonia plus élevés, les fixings Euribor seront forcément touchés, à commencer par les maturités courtes, puis les échéances plus lointaines », ajoute-t-il.

De fait, la baisse tendancielle de l’Euribor 3 mois depuis octobre s’est interrompue cette semaine, à 1,406 %. Même chose pour l’Euribor 6 mois, qui remonte très légèrement à 1,60 %.

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