Le marché actions résiste à la crise grecque

le 27/04/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les bourses européennes se focalisent d'abord sur les résultats des entreprises et des banques

La Grèce n’est apparemment pas le fantôme de Lehman Brothers revenu hanter les marchés boursiers. Alors que le pays embourbé dans une crise budgétaire, n’en finit pas de défrayer la chronique, les marchés actions restent étonnamment paisibles. Depuis l'aggravation de la crise en février dernier, le CAC 40 et l’Eurostoxx 50 ont pris respectivement 5% et 4,22% en trois mois. Les marchés actions, spécialement en Europe, sont-ils à ce point décorrélés des tensions sur le marché obligataire, ou à l’aube d’un électrochoc?

Malgré les tergiversations de la chancelière allemande, qui a demandé lundi soir à la Grèce de prendre de nouvelles mesures d'économies avant que Berlin n'approuve une aide d'urgence, et la nouvelle envolée des rendements (13% à 2 ans), les marchés actions ne plient pas. «Il y a aujourd’hui une véritable dichotomie entre les angoisses liées à la Grèce et la valorisation des actifs actions», constate Dominique Sabassier, directeur général délégué en charge des gestions chez Natixis AM. Mais attention à la rupture de confiance, les marchés ne se satisferont pas de vœux pieux».

Le marché reste focalisé sur les bons résultats des entreprises européennes et américaines, alors qu’Athènes a demandé vendredi l'activation d'un programme de prêts évalué à 45 milliards d'euros. «C’est la microéconomie qui soutient les marchés. Il n’y a pas eu de mauvaises surprises sur les entreprises. Du coup, beaucoup reviennent sur les actions dont les valorisations sont encore attractives. Les flux acheteurs empêchent en partie le marché de s’effondrer», explique le responsable d'une équipe de gestion actions européennes à Paris.

Côté financières, si l’exposition des banques, notamment françaises, à la dette grecque n’est un secret pour personne, pas d’angoisses majeures sur les cours, à l’exception du Crédit Agricole affecté par sa filiale grecque, Emporiki, qui a perdu 6,21% sur une semaine. «En publiant des taux de défaut en baisse, les banques américaines annoncent que la situation est meilleure sur les produits dérivés (ndlr: détenus au bilan des banques). C’est positif pour leurs consœurs européennes», explique Christian Parisot, économiste en chef chez Aurel BGC. Les banques d’investissement renouant avec les profits ont conforté le marché dans cette idée.

Les difficultés de la Grèce ont malgré tout eu un impact sur les indices européens. «Il faut tout de même noter que les marchés européens ont pris beaucoup de retard par rapport aux marchés américains. Ils ne baissent pas, mais ils sont plats», remarque Philippe Troesch, directeur d’Aberdeen AM. A défaut d’avoir fait plonger les marchés actions, la crise hellénique aurait donc enrayé l’intensité de la reprise. De fait, le S&P 500 et le Nasdaq Composite affichent depuis le 1er janvier des progressions respectives de 9% et 11,4% (à la date d'hier soir), contre une stabilité pour l'Eurostoxx 50 sur 2010. Et les marchés des pays jugés les plus fragiles, comme l'Espagne, sont même en recul, l'Ibex 35 cédant 8,4% sur 2010.

Le risque de défaut de la Grèce paraît écarté, mais un rééchelonnement de la dette pourrait impacter directement les financières. Le problème grec n’étant que résolu à court terme, le marché actions européen se trouve peut-être en sursis.

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