L'Irlande s'enfonce dans ses problèmes

le 24/09/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le PIB s’est contracté de 1,2 % au deuxième trimestre, et les incertitudes sur Anglo Irish pèsent

Elles sont loin, les belles années du «tigre celtique». Entrée dans une profonde récession depuis 2008, l’Irlande a annoncé hier une forte contraction de son activité économique. Le PIB a enregistré une baisse de 1,2% au deuxième trimestre par rapport aux trois premiers mois de l'année. Le consensus des économistes prévoyait une hausse de 0,5%. La croissance du PIB au premier trimestre a par ailleurs été révisée à 2,2% contre les 2,7% précédemment annoncés. Les marchés ont mal réagi face à ce nouveau signe de mauvaise santé irlandaise.

Après l’annonce de l’office des statistiques, les taux irlandais à 10 ans ont entamé une course à la hausse. En fin de journée, ils avaient pris 15 pb à 6,34%. Les spreads entre les titres irlandais à dix ans et les emprunts allemands ont ainsi atteint un nouveau pic depuis l'adoption de l'euro à 406 points de base (pb). Le CDS de l’Irlande à cinq ans a lui aussi enregistré des sommets, fleurant dans la journée avec les 500 pb, contre 464 pb mercredi, selon CMA. Les marchés anticipant ainsi un taux de défaut de 34,5% à 5 ans.

Le produit national brut (PNB) irlandais, considéré comme plus révélateur de l'économie irlandaise (car excluant les sociétés étrangères souvent sur l’île pour des raisons fiscales), a diminué de 0,3% au deuxième trimestre. «Le ralentissement violent des exportations semble être l'explication majeure derrière la rechute du deuxième trimestre», commente Gilles Moec, économiste chez Deutsche Bank.

Fin 2010, la dette irlandaise devrait s’élever à près de 90% du PIB, en raison d’un déficit de 12% du PIB et un coût de recapitalisation des banques de 7,5%, selon les prévisions d’Axa IM. Le coût du sauvetage d’Anglo Irish Bank (L'Agefi du 09 septembre) encore incertain, pèsera lourd dans la facture bancaire. «L’évaluation du portefeuille de prêts prendra encore du temps, et entretiendra le doute sur la facture finale pour le contribuable, et sur le risque de mise à contribution des créanciers», poursuivent les stratégistes. Pas de quoi rassurer les marchés.

Pourtant le risque irlandais doit être relativisé, notamment à court terme car la position de liquidité de l'Etat est solide. «Le Trésor dispose d’une réserve de liquidité de 20 milliards d’euros (4,3 fois le montant des Treasury bills) et a bouclé son programme de financement jusqu’en avril 2011», estime Axa IM. Les trois grandes banques du pays ne devraient par ailleurs pas avoir de difficulté à faire face à leur 11 milliards d’euros d’échéances d'obligations en septembre grâce à la BCE.

L’ajustement budgétaire à réaliser reste cependant important. Le ministre des Finances a déclaré que le gouvernement n'avait pas l'intention d'accélérer la publication de son projet de budget pour 2011, qui doit être présenté le 7 décembre. Il a par ailleurs réaffirmé l'objectif de ramener le déficit à 3% du PIB d'ici 2014. Un objectif jugé trop ambitieux par le FMI.

Au-delà de ces chiffres, le pays doit réinventer un modèle de croissance. «L’Irlande ne retrouverait une croissance tendancielle de l’ordre de 2,5% qu’autour de 2013-14», prévoient Laurence Chieze-Devivier et Raphaël Gallardo, stratégistes chez Axa IM. Entre 1998-2007, la croissance moyenne du PIB irlandais était de 6,7%, soit 4,4 points de plus que la zone euro.

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