L’euro reste soumis à l’incertitude grecque

le 23/03/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La monnaie unique a connu une forte volatilité hier au gré des nouvelles sur la Grèce

«Je pense que si on peut arriver (à un accord) avant le sommet, c’est mieux», a déclaré hier Bernard Kouchner lors de la réunion mensuelle à Bruxelles des ministres européens des Affaires étrangères. Il n’empêche qu’en dépit des pressions européennes, L'Allemagne paraît encore réticente à faire des concessions sur un soutien à la Grèce. Face à ce bras de fer, les cambistes semblent désemparés. En témoigne l'évolution de l'euro hier qui a fluctué entre 1,3464 et 1,3569 dollars en journée.

«L’élément clé reste le sommet européen» de fin de semaine, confirme le responsable de la stratégie change de Brown Brothers Harriman. Il faut dire que les marchés ont du mal à y voir clair. D’un côté des sources diplomatiques européennes, citées par Reuters, font état d’une possible action de concert entre la zone et le FMI. Elles évoquent notamment des prêts bilatéraux de 20 à 22 milliards d’euros de la part de pays volontaires à des taux inférieurs à ceux du marché. En contrepartie, pour satisfaire la partie allemande, cette aide serait assortie de conditions plus strictes sur la dette et les déficits du pays.

Lors d'une audition au Parlement, le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker a paru aller dans ce sens, expliquant que le mécanisme mis en place par la zone euro pourrait être complété par le FMI. Quant à Jean-Clauder Trichet, le président de la BCE, il a clairement évoqué hier un prêt assorti de conditions très strictes. «Ce prêt est la seule possibilité à nos yeux», a-t-il dit.

Reste que de l’autre côté, l’Allemagne campe toujours sur ses positions officielles. La chancelière Angela Merkel a indiqué qu’il ne fallait pas s’attendre à un accord d’assistance à la Grèce cette semaine. Son ministre des Affaires étrangères a été tout aussi clair, estimant qu'il convenait de ne pas alléger la pression sur les réformes grecques.

En tout cas, ce ne sont pas les propos du vice Premier ministre grec qui devraient détendre la situation. Alors que JPMorgan estime que «la stratégie de la corde raide entre la Grèce et le reste de la zone va probablement atteindre un pic cette semaine», Théodoros Pangalos a déjà pointé du doigt une Allemagne se satisfaisant d’un euro faible pour ses exportations et ayant autorisé ses banques à spéculer sur la dette grecque.

Dans ce climat d'affrontement, les observateurs restent hésitants comme en témoigne la volatilité de l'euro/dollar passée de 8,79 en milieu de semaine dernière à 10,25 hier. Certains, comme les économistes de la banque SEB, veulent bien croire qu’un accord se prépare actuellement mais ajoutent que «la forme qu’il prendra manque encore de clarté». D’autres comme Goldman Sachs sont plus pessimistes. «Les divergences sont trop importantes pour tabler sur une aide concrète» dès le sommet, notait hier la banque américaine.

Toujours est-il que l’euro devrait rester volatil cette semaine. Même si les données de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) montrent que les positions nettes vendeuses des spéculateurs sont passées de 74.551 contrats il y a deux semaines à 46.341 contrats la semaine passée. Hier, les annonces de fin de journée ont beau avoir permis à la monnaie unique de rebondir après avoir approché de son plus bas mensuel,  «le risque à court terme reste orienté à la baisse», remarquait l'analyse technique de SG CIB.

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