L'envolée de l'euro laisse la BCE impuissante

le 08/10/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Jean-Claude Trichet a parlé de retour progressif à la normale des marchés monétaires

Le discours d'hier de Jean-Claude Trichet n'a pas permis de stopper l'envolée de l’euro/dollar, qui a touché un moment 1,4029 avant de refluer. A l'heure où les autres grandes banques centrales (Fed, BoE, Banque du Japon) se dirigent vers une nouvelle phase d'assouplissement quantitatif, le président de la BCE a mis en avant le retour progressif à la normale des marchés monétaires de la zone euro. Cette confirmation d'une stratégie de sortie graduelle reste donc un facteur de soutien à la monnaie unique.

Jean-Claude Trichet a maintenu un discours prudent hier après le nouveau statu quo monétaire de la BCE, considérant que la croissance allait se poursuivre lors de la deuxième partie de 2010, tout en mettant en garde contre les incertitudes qui continuent de prévaloir.

Toutefois, ING note des changements subtils. «Le mois dernier, les perspectives du marché du travail étaient encore un facteur pénalisant pour les perspectives macroéconomiques. Aujourd’hui, la BCE voit une demande domestique dans le secteur privé qui devrait se renforcer encore graduellement, note la banque. De plus, la phrase sur les pressions à la baisse sur les prix domestiques a été abandonnée». De fait, Jean-Claude Trichet a ajouté que les perspectives de risque sur l'évolution des prix sont légèrement orientées à la hausse, avec l'évolution des cours de l'énergie et des matières premières hors pétrole.

Comme lors des discours précédents, il a ajouté que la BCE s'en tiendra à un retrait progressif des mesures non conventionnelles. D'ailleurs, la baisse la semaine dernière de 79 milliards d’euros de la demande de liquidités des banques lors des opérations de refinancement a amené le président de la BCE à considérer que «les marchés monétaires sont en voie de normalisation»Alors que le taux Euribor à 3 mois continue de converger vers le niveau de 1% du taux de refinancement en zone euro, la remontée de l’Eonia vers le taux directeur à 0,878% la semaine dernière puis sa correction à 0,438% mercredi indique que cette normalisation des taux monétaires se fera de manière volatile.

Ce discours, qui laisse présager une poursuite de la stratégie de sortie, relativise les déclarations de Jean-Claude Trichet sur les changes. «Je pense que les taux de change devraient refléter les fondamentaux économiques, que les mouvements désordonnés et la volatilité excessive ont de mauvaises conséquences pour la stabilité économique et financière», a-t-il souligné, en ajoutant «partager la conviction des autorités américaines qu'un dollar fort est dans l'intérêt des Etats-Unis». Les réunions du FMI de ce week end seront l’occasion, à ses yeux, d’aborder la question du change avec les autorités.

Ce constat de la BCE ne semble pas de nature à pouvoir renverser sur une longue période la tendance haussière de l’euro/dollar, qui a tout de même corrigé à 1,386 en fin de séance. BNP Paribas considère le contraste entre le débat au sein de la BCE, sur les décisions à venir, et celui au sein de la Fed et d’autres banques centrales comme une porte ouverte à un maintien à un niveau élevé de l’euro pour une période plus longue que les fondamentaux ne le suggèrent. Crédit Agricole CIB estime que la BCE n’a rien dit qui puisse signaler un changement d’attitude à l'égard des politiques de changes et ne croit pas non plus à une intervention directe de l'institution monétaire sur le marché des changes.

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