L’enlèvement d’Europe n’est plus un mythe

le 01/04/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La Grèce ne fera pas faillite, sans «bail-out» ni discipline budgétaire, puisque les mesures d’urgence prises la semaine dernière aboutissent à ce que la BCE et le FMI lui garantissent un financement en dernier ressort. Un double privilège, qui malheureusement révèle l’impasse dans laquelle la construction européenne se trouve.

En ayant reconduit jusqu’à nouvel ordre l’abaissement des notations minimales pour les prises en pension, la BCE a ôté tout risque d’illiquidité au gouvernement grec. Quelle que soit la décote appliquée, il a l’assurance que ses nouvelles émissions de dette trouveront preneur sur le marché, puisque dorénavant les banques européennes pourront se refinancer auprès de l’institut francfortois avec ces titres, quelle que soit l’humeur d’une agence de notation américaine.

La décision de la BCE est un tel coup de maître, qu’elle rend celle de la Commission superflue. L’accord trouvé par les Vingt-sept revient, ni plus ni moins, à calquer les modalités de la facilité de balance des paiements prévue dans le Traité, et dont bénéficient aujourd’hui la Hongrie, la Roumanie et la Lituanie, à un pays membre de l’Union économique et monétaire. La seule différence est que le prêt en dernier ressort, établi sous conditionnalité et concours du FMI, ne serait pas octroyé en nom de la Commission mais par les pays membres.

On pourrait s’amuser du pied-de-nez fait par Jean-Claude Trichet aux chefs de gouvernements européens, désamorçant la crise grecque quelques heures avant les conclusions du sommet. Malheureusement, on a plutôt envie de pleurer l’enlèvement d’Europe. La Commission n’a pas su laisser gérer l’urgence à la BCE pour répondre à la question de fond qui est de son ressort : que souhaite-on faire de l’Europe aujourd’hui ? Hormis la BCE, les institutions européennes ne sont pas efficaces. C’est une réalité, pas un mythe.

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