L'Allemagne creuse l'écart avec l'Europe

le 09/06/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le Bund à 10 ans est tombé hier à 2,50 %, tandis que le CDS de la France s'envole

Au-delà du coup de froid entre Paris et Berlin, le fossé en matière de décisions économiques est en train d’éloigner les deux pays. Alors que la chancelière allemande vient d’annoncer un plan d’austérité qui doit permettre 80 milliards d’euros d’économies, la France peine à utiliser le mot de rigueur. Les marchés obligataires n'y sont pas insensibles. Le taux à 10 ans allemand a atteint son plus bas niveau depuis 21 ans hier à 2,50%, alors que l'OAT s'écarte nettement depuis plusieurs jours, le spread atteignant 56 points de base.

«On note que l’Allemagne commence à abandonner un peu l’idée de la Soziale Marktwirtschaft (l’Etat-Providence), qui a pesé sur son endettement public et sa croissance. Dans la zone euro, où la Soziale Marktwirtschaft a progressivement dominé, la croissance économique a été affectée, commentent les analystes de la recherche crédit Tullett Prebon. Il n’est probablement pas évident que d’autres pays européens (tels que la France) suivent le chemin de l’Allemagne, ce qui pourrait donc accroître les différences dans la zone euro».

A l’inverse de l’Allemagne, qui profite de la fuite vers la qualité, les autres pays européens voient leur prime de risque augmenter. Le CDS de la France est entré dans une spirale haussière. Il se négociait hier pratiquement deux fois plus cher que celui de l’Allemagne à 97,7 pb contre 47,9, selon les chiffres de CMA DataVision. Alors que l’assurance sur la dette allemande est restée stable depuis début mai, celle de la France a pris 35,5 pb. Le CDS français était reparti à la baisse à partir du 10 mai, suite à l’annonce des mesures non conventionnelles de la BCE. Mais la prise de parole du ministre du Budget, François Baroin, le 31 mai, qualifiant de «tendu» le maintien de la note AAA du pays, l’a fait changer de cap. En une semaine, il s'est tendu de 30 pb.

A l'inverse de la plupart de ses voisins, aussi bien «périphériques» qu'au cœur de la zone euro, la France n'a pour l'instant annoncé aucun plan de réduction budgétaire. Or Berlin a placé la barre haut: son objectif est de ramener d’ici à 2013 le budget dans les critères du Pacte de stabilité en abaissant son déficit public à 3% du PIB (3,3% en 2009 ; 5% attendus en 2010 en raison des plans de relance et de sauvetage) et le volume de la dette à 60% du PIB (73,2% en 2009). En France, la dette publique atteint 77,6% du PIB, ce qui place le pays au quatrième rang européen des mauvais élèves en matière de rigueur budgétaire sur cet indicateur.

Les tensions sur les taux ne concernent cependant pas uniquement la France. Les écarts de rendement à 10 ans entre la dette italienne et le Bund ont atteint 182 pb, soit leur plus haut niveau historique. Les autres pays européens font eux aussi face à la défiance des investisseurs. Les primes demandées par les marchés pour acheter de la dette européenne ont retrouvé des niveaux de début mai, avant l’annonce du plan d’aide européen. Les CDS de l’ensemble des pays de la zone euro, hors Allemagne, sont à la hausse. L’indice Markit iTraxx SovX qui mesure les CDS ouest-européens à 5 ans a atteint 170 bp hier midi, soit un niveau de stress plus élevé que le dernier record en date du 7 mai dernier (168 pb), juste avant l’annonce des mesures non conventionnelles de la BCE.

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