Il ne faut pas surestimer la volonté de la Fed d’ancrer les taux longs

le 08/06/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Laurent Bilke, senior économiste chez Nomura

L’Agefi : la Fed a-t-elle la solution pour ramener rapidement les taux longs à des niveaux plus soutenables ? 

Laurent Bilke : Il ne faut pas surestimer la volonté de la Fed d’ancrer les taux longs. Pour partie, la hausse récente est due à une normalisation des anticipations d’inflation de long terme qui étaient à un niveau anormalement bas. Elle est aussi imputable à une inquiétude à l’égard des déficits publics. Ben Bernanke a clarifié que la Fed ne souhaitait pas nécessairement aller à l’encontre de ces évolutions. En clair, le niveau actuel des taux longs n’est pas jugé insoutenable. Sur le papier, la Fed peut toujours annoncer de nouveaux rachats si l’ascension des taux longs devenait aberrante du point de vue des fondamentaux économiques.

La BCE ne cesse de rappeler son mandat sur l’inflation. Cela ne risque-t-il pas de limiter le recours à des mesures non conventionnelles ? 

Le problème, ce n’est pas le mandat, parce qu’il n’y a pas de contradiction entre lutter contre l’inflation et soutenir la croissance. Sauf en cas de choc durable sur les matières premières. Il peut toutefois arriver à la BCE de confondre un choc temporaire sur les matières premières, sur lequel elle devrait fermer les yeux, avec un choc durable qui requiert une intervention, comme lorsqu’elle a augmenté les taux mi-2008. Mais c’était une erreur d’analyse plus qu’un problème de mandat. La BCE a choisi de limiter son champs d’intervention aux banques, elle leur prête dans des conditions exceptionnelles et achète leur dette. Ce n’est pas une mauvaise stratégie, en tout cas pas moins efficace que d’acheter des titres publics, ce qui n’a qu’un effet très indirect sur l’économie, surtout en Europe.

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