Les hedge funds plaident non coupables

le 23/02/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Deux fonds se défendent d'avoir spéculé contre la Grèce. Les critiques pleuvent sur les CDS souverains

Mis au banc des accusés dans le dossier grec, les hedge funds sortent de leur silence. Moore Capital, l’un des grands fonds d’arbitrage nommément désignés pour avoir joué contre la dette du pays, a rejeté hier ces accusations. Son concurrent Brevan Howard avait déjà assuré le 19 février n’avoir aucune position courte sur la dette grecque depuis la mi-décembre. Venant d’acteurs d’ordinaire discrets, ces prises de parole montrent que l’industrie de la gestion alternative prend au sérieux le risque d’un retour de bâton réglementaire.

Dans un courrier adressé à ses clients, Moore Capital, indique que le fonds américain attend un soutien de l’Union européenne à Athènes et affiche en conséquence une duration nette longue en obligations grecques. Il bénéficierait ainsi d’une détente des rendements.

La presse grecque s’est fait l’écho la semaine dernière d’une enquête des services secrets visant à identifier les auteurs des «attaques» sur la dette du pays. Outre Moore Capital, les noms des hedge funds Paulson et Brevan Howard ont été cités. Mais des gérants traditionnels, comme Fidelity et Pimco, ont aussi été rangés dans le camp des vendeurs de dette grecque. Brevan Howard a précisé vendredi n’avoir aucune intention de traiter sur le cash ou les CDS grecs dans un avenir proche.

La théorie du complot peut faire sourire. Mais il ne faut pas prendre à la légère le risque d’un retour de boomerang réglementaire pour les hedge funds ou les grandes banques d’investissement: les Etats, européens ou non, n’hésiteront pas à leur imputer un éventuel problème de financement sur les marchés.

Le marché des CDS souverains est dans la ligne de mire, y compris de la part de professionnels de la finance. Pierre Mariani, le patron de Dexia, a ainsi critiqué la capacité même d’un opérateur à assurer contre le défaut d’un Etat via un CDS. «Les gouvernements doivent interdire les CDS sur la dette souveraine», affirmait hier Nathaniel Rothschild, coprésident d’Attara Capital, dans Les Echos.

Les déclarations de Christine Lagarde, la semaine dernière, sur la nécessaire régulation des CDS souverains, ont marqué à cet égard les esprits. Des propos développés par ailleurs devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale, le 17 janvier. «Dans le cadre de la révision de la directive sur les marchés financiers et sur les instruments financiers, nous devrons développer une réflexion sur la pertinence de CDS sur les Etats souverains, qui sont déconnectés de leur sous-jacent. Les marchés qu’ils constituent étant extrêmement étroits, ils alimentent des phénomènes spéculatifs», a souligné la ministre de l’Economie lors de son audition.

A Bercy, on confirme qu’une «réflexion est en cours» sur les CDS souverains, sans en dire davantage. La démarche, nécessairement internationale, va au-delà de la mise en œuvre des recommandations du G20 sur la compensation et la transparence des dérivés de crédit, pour lesquelles la Commission européenne s’est engagée à finaliser une proposition en juillet 2010. «Les vingt chefs d’Etat et de gouvernement se sont engagés à ce que, le 31décembre 2012 au plus tard, tous les marchés OTC soient organisés et transparents. A la même date, les produits dérivés seront réglementés et certains pourraient être interdits», a indiqué Christine Lagarde aux députés.

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