La guerre des changes gagne en intensité

le 06/10/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le Japon et le Brésil ont pris mardi d'autres mesures tendant à limiter l'envolée de leur devise

Entre les paroles et les actes sur le marchés des changes, le contraste est saisissant. Les appels se multiplient pour que la question des devises soit abordée lors du G20 de Séoul, la France plaide pour la mise en place d’un nouvel ordre monétaire qui permettrait de remédier au déséquilibre des changes, et les responsables européens ont exhorté mardi Pékin à laisser le yuan s’apprécier. Mais les décisions unilatérales du Japon et du Brésil, hier encore, montrent que le «chacun pour soi» règne en maître.

En annonçant un nouvel assouplissement quantitatif, avec 5.000 milliards de yens consacrés à des rachats de dette, la Banque du Japon n’a certes permis qu’une détente temporaire de sa devise. Le dollar a frôlé les 84 yens, avant d’effacer ses gains à 83,3. Mais cette annonce laisse présager une nouvelle intervention sur le yen, après celles du mois de septembre.

Plus significatif, le Brésil a fait passer dans la nuit de 2% à 4% la taxe sur les investissements non-résidents dans les obligations locales. Ces derniers jours, les autorités brésiliennes s’étaient inquiétées de la «guerre des changes» et de l’appréciation du real, synonyme de perte de compétitivité. Depuis le 1er juillet, la devise brésilienne s’est appréciée de 6% face au billet vert.

Le problème touche l’ensemble des pays émergents. Dans un rapport publié le 4 octobre, l’Institute of International Finance estime à 825 milliards de dollars en 2010 les flux de capitaux privés en direction des économies émergentes, soit +42 % en un an. Cet afflux de liquidité a pour l’heure simplement ramené les devises de ces pays à leur niveau du début 2010, en raison d’une dépréciation au deuxième trimestre. Mais «les conditions nous semblent remplies maintenant pour que débute une nouvelle période d’appréciation des devises des émergents que l'on observe déjà depuis fin août», note Patrick Artus, chez Natixis.

«On peut s’attendre à des mesures similaires dans d’autres marchés émergents, où l’excès de liquidité et la deuxième vague d’assouplissement quantitatif mettront sous pression les devises locales», estiment les stratégistes change de BNP Paribas. Signe de cette crispation, la Corée du Sud a annoncé hier un audit des intervenants sur le marché des dérivés de changes. Le won s’est apprécié de 8,5% face au dollar depuis le 1er juillet. Pour Steven Englander, stratégiste chez Citigroup, «les décisions administratives que l'on voit apparaître au Brésil ou ailleurs montrent que le contrôle des capitaux commence à être vu comme une réponse légitime» en lieu et place d'une accumulation des réserves de change en dollars.

Les décisions du Japon et du Brésil répondent à celles de la Réserve fédérale américaine, qui a donné cet été le coup d’envoi à un nouvel affaiblissement du billet vert en évoquant une deuxième vague d’assouplissement quantitatif, le «QE2». Son président Ben Bernanke a encore vanté lundi les mérites des rachats d’actifs par la Fed. L’officialisation du QE2 lors de la prochaine réunion de la Fed début novembre ne fait plus guère de doute.

Alors que la Banque d’Angleterre s'interroge sur une relance de cette politique monétaire expansionniste, seule la BCE semble pencher vers une normalisation, avec les retraits progressifs de liquidité bancaire. Cette position isolée alimente ainsi la forte hausse de la monnaie unique. L’euro/dollar a passé les 1,38 hier, un record depuis mars.

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