La Grèce rassure les marchés

le 04/03/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les mesures d’austérité annoncées hier ouvrent la voie à une prochaine émission de dette

Le nouveau plan d’austérité dévoilé hier par la Grèce a permis une forte détente sur les taux de rendement domestiques. Les mesures devraient générer 4,8 milliards d'euros d’économies, soit 2 % du PIB. Les taux des obligations d’Etat à dix ans se sont détendus de 18 points de base (pb) hier, à 5,9 %, bien en dessous du record de 7,1 % enregistré fin janvier. Les contrats de protection contre le risque de défaut (CDS) de la Grèce à cinq ans ont eux aussi diminué de 19 pb à 301 pb d’après CMA Datavision.

Le gouvernement a notamment annoncé un relèvement du taux de la TVA, de 19% à 21%, une réduction de 30% des primes de la fonction publique et un gel des pensions dans ce secteur. «Ces mesures témoignent de l’effort effectué pour honorer les exigences des inspecteurs de l’Union européenne, et, dans ce contexte, elles sont les bienvenues», commente Tullia Bucco, économiste chez UniCredit. Elles permettront à la Grèce de réaliser plus aisément son objectif de réduction de son déficit de 12,7% en 2009 à 8,7% en 2010, sur lequel elle s’est engagée auprès des autorités européennes.

Les nouvelles mesures constituaient un préalable à toute nouvelle émission obligataire, à en croire les stratégistes taux. Du coup, le bon accueil réservé aux annonces budgétaires pourrait ouvrir une fenêtre d’opportunité. La Grèce émettrait 5 milliards d'euros sur dix ans par syndication la semaine prochaine d’après des rumeurs de marché. D’ici là, le Premier ministre grec, George Papandreou, aura rencontré, vendredi, la chancelière allemande Angela Merkel. Mais cette dernière a déjà indiqué que l’Allemagne n’offrirait pas son aide à la Grèce à cette occasion.

L’émission à dix ans permettra de mesurer véritablement la réaction du marché vis-à-vis des nouvelles mesures grecques, d’après Marco Annunziata, chef économiste d’UniCredit. «A moins que les marchés soient assurés du fait que la situation financière de la Grèce est maintenant soutenable, ils décideront probablement d’attendre la garantie de l’Union européenne sur la dette grecque», estime-t-il. Ainsi, les investisseurs exigeront une prime importante s’ils estiment qu’il s’agit de la dernière émission grecque non garantie de l’année. Le pays n'a réalisé que 15% de son programme d'émission de 54 milliards d'euros de dettes en 2010.

L’incertitude sur un éventuel plan d’aide de l’Union européenne à la Grèce n’est pas la seule inconnue qui pèse encore sur le dossier grec. Les mesures annoncées ne donnent pas une entière satisfaction aux spécialistes. Sur le plan des dépenses, «nous aurions préféré un effort plus structurel sur les retraites qu’un gel ponctuel, d’un an, des pensions du secteur public», explique Tullia Bucco. Par ailleurs, «l’impact du lourd ajustement budgétaire sur la croissance devrait dépasser les anticipations, ce qui aurait des conséquences négatives sur les plans budgétaires à moyen terme», indique Luigi Speranza, économiste de BNP Paribas.

Le retour au calme ne serait donc que superficiel. «Comme nous restons sceptiques sur le fait que l’assistance de l’Union européenne ira suffisamment loin pour régler les problèmes structurels grecs, nous maintenons notre prévision de baisse sur l’euro/dollar», indiquent les stratégistes change de Citi. Alors que la parité a rebondi de 0,8% à 1,37 hier, elle pourrait tomber à 1,30 dans les mois à venir d’après les spécialistes de Citi.

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