La Grèce fait vaciller l'Europe du Sud

le 28/04/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

S&P a baissé hier les notes du Portugal et de la Grèce en «junk», exacerbant les tensions

Le marché n'aime pas l'incertitude. La Grèce, qui attend le déblocage effectif de ses aides financières, mais aussi tous les Etats pays périphériques, et hier les Bourses, l'apprennent encore à leurs dépens. Les taux grecs à 2 ans se sont envolés à un pic de 15,14 % dans un contexte d'illiquidité, et S&P a déclassé les notes du pays de trois crans à BB+/B en les laissant sous perspective négative. L'agence a aussi dégradé le Portugal de A+ à A-. Athènes a indiqué hier soir que l'Etat garantit les dépôts bancaires.

«Il n’y a plus de liquidité». C’est ce que déplore un spécialiste en valeurs du Trésor (SVT) en décrivant le contexte dans lequel les taux grecs poursuivent leur escalade. En l’espace de seulement dix séances, les rendements obligataires helléniques à deux ans ont bondi de… 904 pb à un record hier de 15,14 %. Du jamais vu. «Les banques essayent d’animer le marché secondaire face aux market-makers mais avec une volatilité extrême des prix qui va de 70 à 250 pb en journée, personne ne veut prendre de position acheteuse résiduelle. Du coup, il n’y a plus que des vendeurs», lance un autre SVT.

D’après Barclays Capital, les volumes journaliers de dette souveraine grecque traités sur la plate-forme électronique obligataire HDAT, qui représentent 70-75 % des volumes interbancaires, avoisinaient la semaine passée les 300 millions d'euros, contre plus de 2,5 milliards courant mars. Mais depuis l’annonce le 8 avril de l’obligation de couvrir toutes les positions vendeuses sur une base journalière, les volumes ont chuté à des niveaux extrêmement bas.

En temps normal, selon un troisième SVT, sur les taux à 2 ans grecs, HDAT traite en moyenne 150 millions d’euros. Hier, le volume échangé s’élevait seulement à 16 millions d’euros.

Les investisseurs sont tétanisés, et S&P base sa note sur une perspective de recouvrement de 30% à 50% sur la dette grecque en cas de restructuration. Faute de déblocage effectif des fonds à la Grèce avant le 10 mai, la contagion aux pays périphériques d’Europe du Sud risque de prendre des proportions inquiétantes. «Il n’y a plus de volume sur la Grèce et nous avons constaté un changement radical sur le Portugal depuis une semaine, ajoute le premier SVT. Le marché jouera le scénario extrême tant que les incertitudes sur l’aide à la Grèce ne seront pas levées. L’Allemagne peut faire blocage, ce qui pourrait exacerber la crise de la dette grecque et nourrir davantage les taux».

Le Portugal est d’ores et déjà dans le viseur des marchés de taux. Ses taux à 2 ans se sont envolés de 297 pb en dix jours à 4,77%, contre 182 pb pour l’Irlande (à 3,46 %) et 60 pb pour l’Espagne (à 2,04 %). Les CDS grecs à 5 ans ont dépassé les 800 pb, reflétant un risque de défaut cumulé de 46,1%, contre 25,3% pour le Portugal. «Les obligations portugaises à 2 ans se traitent dans des fourchettes de prix de 2 points contre 20 centimes dans des conditions normales», remarque un SVT.

En abaissant la note du Portugal avec perspective négative, S&P n’a pas arrangé les choses. L’agence invoque les risques budgétaires accrus et un niveau élevé de la dette publique et la faiblesse des perspectives économiques du Portugal. «Dans notre nouveau scénario économique de base, nous prévoyons que le gouvernement portugais pourrait peiner à stabiliser son ratio d'endettement relativement élevé à l'horizon 2013», ajoute-t-elle.

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