La Grèce apaise les craintes de défaut

le 26/01/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le retour du pays sur le marché de la dette à 5 ans éloigne le risque d'une crise de liquidité

Athènes a passé lundi un test de crédibilité crucial sur les marchés. Le placement de titres d’Etat à 5 ans par syndication, à un prix il est vrai cadeau, a rencontré une forte demande de la part des investisseurs. En démontrant sa capacité à se financer sur les marchés en 2010, la Grèce devrait soulager les craintes parfois irrationnelles qui n’ont cessé de grandir depuis décembre sur une possible crise de liquidité du souverain. Les rendements à 10 ans de la dette grecque se sont d’ailleurs détendus hier, jusqu'à 11 points de base.

La Grèce a rencontré une forte demande pour son emprunt d’échéance août 2015. Elle avait mandaté National Bank of Greece, EFG, Credit Suisse, Deutsche Bank, Morgan Stanley et Goldman Sachs pour cette première syndication de l’année. Le placement initial portait sur 5 milliards d’euros avec un rendement indicatif de 375 pb au-dessus des mid-swaps. La demande a approché les 25 milliards, et la taille du placement a été relevée à 8 milliards.

Mais ce succès a un coût. La marge de l’emprunt devrait être fixée à 350 bp. «Cela représente une décote de 67 pb par rapport à l’emprunt juillet 2015, qui traite à 283 bp au-dessus des swaps, indique un stratégiste crédit. Mais la Grèce n’avait pas droit à l’erreur, et cette opération réussie pourrait l’inciter à avancer la date de sa syndication à 10 ans, prévue au premier trimestre.»

«Il était très important que cette opération se passe bien. Cela confirme notre sentiment que la Grèce sera certainement capable de financer sa dette en 2010», estimaient hier les analystes de Moody’s. Le pays prévoit d’émettre cette année 55 milliards de dette à moyen et long terme en brut, et 38 milliards nets des tombées. Alors que la courbe des CDS grecs s’est inversée début 2010, signalant des anticipations de faillite, Athènes n'aura que deux grosses échéances en avril et mai.

Ce succès a aussi soulagé la pression sur les autres Etats périphériques de la zone euro, comme l’Espagne et le Portugal, qui doit présenter aujourd’hui un projet de budget 2010. Si le vent de panique auto-entretenu des derniers jours retombe, le marché devrait à nouveau se concentrer sur les fondamentaux. «La Grèce a gagné six mois, mais l’opération d’hier ne résout pas les problèmes de moyen terme. Les investisseurs s’interrogent notamment sur la capacité de la population à accepter le poids de l’ajustement budgétaire qui a été annoncé, faute de référence historique sur ce point», estime Jacques Cailloux, chef économiste zone euro chez RBS.

A lire aussi