Le Fonds de réserve pour les retraites infléchit son cap

le 19/06/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le FRR va diminuer la part investie en actions et se donner plus de souplesse

Tout juste 1 % à fin mai. La performance annualisée du Fonds de réserve pour les retraites (FRR) depuis la création de ce dernier en 2004 montre tout le chemin qui lui reste à parcourir d’ici à 2020, date à laquelle il devrait procéder à ses premiers décaissements. L’année 2008, marquée par une baisse de 25 % des actifs hors abondement, a effacé tous les gains passés, et amène le FRR à jouer les équilibristes : une baisse de la part investie en actions, une gestion tactique plus réactive, tout en restant un investisseur de long terme.

« Nous n’avons pas eu d’actifs toxiques, ni de défaut de contreparties. Nous n’avons été affectés par la crise qu’à travers la chute des marchés, souligne Augustin de Romanet, président du directoire du FRR. Mais si l’on devait nous faire un reproche, ce serait celui de ne pas avoir trouvé les voies et moyens de nous alléger en actions en 2007 ».

Pour gagner en flexibilité, le Fonds mettra sur pied d’ici à la mi-juillet un « comité stratégie d’investissement » trimestriel de cinq membres, chargé d’assister le conseil de surveillance, et qui comprendra deux « experts » extérieurs.

L’autre évolution touche au portefeuille de référence. Jusqu’à présent, l’allocation stratégique du FRR était constituée à 60 % d’actions, à 10 % d’actifs de diversification et à 30 % d’obligations. Désormais,la référence sera de 45 % d’actions, 45 % d’obligations, 5 % d’immobilier et 5 % de matières premières. Le Fonds de réserve diminue donc la part des actifs plus volatils de quinze points, ce qui correspond à l’option prise dans les faits depuis le début de l’année. Entre décembre et mai, le FRR a réduit de 4,4 points son poids en actions (à 44,8 %) et quasiment doublé celui du monétaire (18,3 %), à un moment où, paradoxalement, un investisseur de long terme pouvait avoir intérêt à se renforcer en Bourse vu les niveaux de valorisation atteints mi-mars.

Surtout, l’allocation en actifs plus volatils (55 % au total) pourra fluctuer dans une bande assez large qui sera révisée chaque année et qui a été fixée pour 2009 à 40-60 %. Le portefeuille restera à 60 % investi sur l’Europe.

Dans le détail, cette nouvelle allocation introduit des changements notables. Le FRR donnera indirectement un coup de pouce à l’Etat, puisque les obligations indexées sur l’inflation, tous pays confondus, représenteront 20 % de son portefeuille total, contre 3 à 4 % aujourd’hui. Or ces instruments ne sont le fait que d’émetteurs souverains, la France représentant près de la moitié des encours en Europe.

Des appels d’offres portant sur des lots obligataires classiques seront prochainement lancés. Un autre portera sur les fonds dédiés à l’immobilier non coté, fin 2009 ou début 2010.

D’ici à 2020, le FRR espère dégager un rendement brut de 6,3 % l’an, pour des actifs en euros courants de 83 milliards, contre 28,9 milliards à fin mai. Une taille qui restera loin des enjeux posés par le financement des retraites des Français à cette échéance. La responsabilité en incombe au politique : alimenté par une partie des cotisations sociales sur les revenus du patrimoine, soit 1,5 milliard d’euros par an, le Fonds dispose du minimum syndical en matière d'abondements. Et la loi n’a toujours pas défini ses engagements au passif.

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