La Fed et la BoE prennent un départ timide

le 08/04/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Leurs programmes de rachat de titres d'Etat ont eu pour l'heure un effet limité sur les taux

Entre la publication des minutes de la Fed, ce soir, et la réunion mensuelle de la Banque d’Angleterre (BoE), demain, les politiques non conventionnelles des banques centrales occuperont encore le devant de l’actualité cette semaine. Les deux institutions ont annoncé mi-mars et fin février des programmes de rachats de titres d’Etat, portant respectivement sur 300 milliards de dollars de Treasuries en six mois et 75 milliards de livres de gilts sur trois mois. Une politique aux premiers effets mitigés.

Désignant la déflation comme ennemi numéro un, la Fed et de la BoE ont pour objectif de maintenir les taux de marché à un bas niveau et de réorienter l’investissement vers des actifs à risque. De ce point de vue, il est possible de tirer de premiers enseignements de leurs programmes de rachats de titres, même s’il faudra des mois, voire des années, pour juger de l’efficacité de ces politiques monétaires.

L’annonce des plans a eu un effet immédiat sur les emprunts d’Etat. Le rendement des gilts à 10 ans est tombé d’un demi-point en deux jours, à 3,06 %. Le taux à 10 ans américain a chuté de 42 points de base le 18 mars, jour où le FOMC, le Comité de politique monétaire de la Fed, a surpris les marchés en anticipant son programme de rachat.

Reste que les rendements ont eu tendance à remonter les jours suivants. La relative recrudescence de l’appétit pour le risque n’est pas seule en cause. « Le rendement du gilt 10 ans est déjà repassé significativement au-dessus de celui du Bund de même échéance [3,42 % contre 3,20 %, ndlr], notent Jean-Louis Mourier et Christian Parisot, à la recherche économique d’Aurel BGC. Et l’écart entre les rendements allemand et américain sur cette même échéance de dix ans a sensiblement diminué depuis le pic atteint immédiatement après la dernière réunion du FOMC. » Le spread entre Bund et T-Notes à 10 ans était hier de 31 pb, alors qu’il atteignait 44 points deux semaines auparavant. Les deux experts estiment ainsi que « le succès très relatif de ces achats d’obligations d’Etat par les banques centrales renforce le camp des sceptiques de la BCE ».

A la décharge de la Banque d’Angleterre, l’évolution des taux longs a aussi été perturbée par l’échec d’une adjudication à 40 ans. Il convient aussi de relativiser la taille des différents programmes. Les 75 milliards de livres de rachats projetés par la Banque d’Angleterre se comparent à un stock de 717 milliards, soit un peu plus de 10 %. Le programme de 300 milliards de la Fed est moins ambitieux car il se rapporte à 4.800 milliards de dollars de Treasuries en circulation. Et encore ces montants vont-ils rapidement gonfler avec la déferlante d’émissions prévues en 2009 et 2010.

Pour Rob Carnell, économiste chez ING, «si les Etats-Unis veulent sérieusement abaisser les rendements des emprunts d’Etat, et avec eux ceux de la dette corporate et hypothécaire, il leur faudra envisager d’accélérer le rythme de leur programme de plusieurs crans».

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