La Fed à l'épreuve de la remontée des taux

le 23/06/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La Réserve fédérale devra s'efforcer demain d'infléchir les anticipations du marché

Délicate échéance pour la Réserve fédérale. La banque centrale américaine réunit aujourd’hui et demain son comité de politique monétaire, le FOMC. Elle devrait maintenir ses taux directeurs à leur plus bas niveau actuel, soit une bande de 0 à 0,25 %. Mais la Fed devra surtout parvenir à piloter finement les anticipations des investisseurs, à l’heure où sa politique accommodante se heurte à une forte remontée des taux longs. Hier, le 10 ans américain se traitait ainsi à 3,73 %, contre 3 % lors du précédent FOMC du 29 avril.

La Fed ne peut ignorer ce phénomène inquiétant pour la reprise de l’économie américaine. Depuis le 1er avril, les rendements à dix ans se sont tendus de 100 points de base. En tenant compte d’une inflation négative de 1,3 % en mai, les taux réels avoisinent même les 5 % outre-Atlantique.

Ce renchérissement du coût de l’argent, menace, entre autres, de retarder une accalmie sur le front de la crise immobilière. Le taux moyen des prêts immobiliers à taux fixe à 30 ans, qui était passé sous les 5 %, est remonté à 5,38 % selon les données de l’agence de refinancement Freddie Mac, et a même touché 5,59 % la semaine précédente. Ce qui a eu pour effet de stopper net le timide redressement des demandes de prêts, tirées par les renégociations.

Pire, les marchés financiers commencent même à spéculer sur un resserrement monétaire en fin d’année. Le marché des futures attribue une probabilité de 27 % à une remontée du taux cible des Fed funds à 0,50 % d’ici à la réunion du FOMC de novembre 2009. Ces anticipations se nourrissent d’un certain nombre de croyances, comme celle d’une reprise rapide de l’économie américaine, d’une résurgence de l’inflation, et d'interrogations sur la stratégie de sortie des politiques exceptionnelles mises en place durant la crise.

Rares sont cependant les économistes à souscrire à cette vision. Les Etats-Unis ne sont toujours pas sortis de la récession. Le rebond récent des matières premières n’a pas changé les prévisions d’inflation sous-jacente, qui « va se replier aux environs de 1 % vers la fin de 2010 pour augmenter légèrement à 1,2 % à peine vers la fin de 2011 », rappelle SG CIB en citant les propres chiffres de la Fed.

Enfin, « la plupart des investisseurs ne jugent pas réalistes la valorisation actuelle des futures sur Fed funds, et l’attribuent à des facteurs plus techniques, comme la liquidation de positions importantes après les dernières statistiques sur l’emploi », soulignent les stratégistes change de BarCap.

La Réserve fédérale pourrait donc être tentée de dissiper les anticipations exagérées du marché. Elle aborde la réunion en ordre dispersé, certains de ses membres ayant récemment adopté un ton plus restrictif. Dans ce contexte, peu d’économistes s’attendent à ce qu’elle renforce son programme d’assouplissement quantitatif en augmentant ses rachats d’actifs.

« La Fed doit être plus claire sur ses intentions », résume Paul Mortimer-Lee, le chef économiste de marché de BNP Paribas. Ce dernier estime que la banque centrale pourrait s’inspirer de sa voisine canadienne, qui s’est engagée à maintenir ses taux à leur niveau jusqu’au deuxième semestre 2010, sous réserve d’une inflation basse. Une option non dépourvue de risque : celui de renforcer les anticipations d’inflation à long terme, selon SG CIB

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