La facture bancaire s'alourdit pour Dublin

le 01/10/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'ardoise pourrait atteindre 50 milliards d'euros. Les porteurs de dette subordonnée paieront leur part

L’addition est tombée hier pour l’Irlande et elle est salée. Prévue au départ à 25 milliards d’euros, la facture du renflouement d'Anglo Irish Bank s’est allongée à 29,3 milliards d'euros dans le meilleur scénario, 34,3 milliards dans le pire. Le gouvernement a aussi annoncé devoir entrer au capital d’Allied Irish pour la refinancer. Au total, entre les injections de capitaux passées ou futures dans de multiples institutions financières, la facture pourrait atteindre jusqu'à 50 milliards d'euros.

La facture d’Anglo Irish rentre ainsi dans la fourchette haute des estimations données en août par l'agence de notation Standard & Poor's (à 35 milliards). Une enveloppe qui inclut 22,9 milliards d'euros déjà versés par l'Etat. Le ministre des Finances irlandais Brian Lenihan a justifié ce sauvetage coûteux par le poids d’Anglo Irish Bank, plaidant un «too big to fail». Il a par ailleurs surpris en annonçant la montée au capital dans Allied Irish: celle-ci a besoin de 3 milliards de capitaux en plus des 7,4 milliards qu'elle devait trouver d'ici à la fin de l'année. Un appel au marché étant impossible, l'Etat lui apportera 5,4 milliards.

Une ardoise à laquelle il faut ajouter d'autres injections. Dans le cas d’Irish Nationwide Building Society, l'Etat irlandais devra apporter une rallonge de 2,7 milliards d’euros aux 2,7 milliards déjà injectés. EBS Building Society devra aussi être recapitalisé.

La question du coût pour les porteurs de dettes se pose dans le cas d'Anglo Irish Bank, scindée en deux entités. Pour la dette senior, le gouvernement irlandais a précisé qu’elle serait traitée «au même niveau que les dépôts», précisant qu’il n’y aurait aucune perte. A l’inverse, les porteurs de dette subordonnée paieront. «Les pertes dans la banque sont substantielles et il est juste que les détenteurs de la dette subordonnée d'Anglo Irish en partagent les coûts», a précisé Brian Lenihan, ajoutant qu’il étudiait un moyen de trouver un arrangement spécifique pour les détenteurs de titres d’Anglo Irish et d'Irish Nationwide.

La dette subordonnée et hybride d’Anglo Irish Bank est estimée à 2,45 milliards d’euros, dont 1,74 milliard de lower tier 2 et 705 millions de tier one, selon CreditSights. Dans la journée, sa valeur de marché a chuté sur de nombreuses lignes. «Les gens espéraient une offre de rachat sur la dette junior, explique à Bloomberg Tom Jenkins, un analyste de chez Jefferies. A la place, nous sommes face à la politique du bâton et de la carotte: si vous ne payez pas une partie des coûts, vous vous retrouverez face à quelque chose qui ne vaut rien». Le coût du CDS pour assurer 10 millions d’euros de dette subordonnée d’Anglo Irish à cinq ans est passé selon CMA de 4,35 millions d’euros à 4,68 millions d’euros hier.

Si l'ardoise du sauvetage gonfle, c'est que le gouvernement a durci les conditions du transfert des actifs toxiques des banques vers la Nama, l'agence publique de défaisance créée l’an dernier. Celle-ci a déjà acquis 27,2 milliards d'euros de prêts en valeur nominale avec des décotes moyennes de 45% pour Allied Irish et 55% pour Anglo. Quelque 80 milliards d’euros doivent encore être repris. Mais des décotes de 67% et 60% seront appliquées aux 19 milliards d’actifs provenant d'Anglo Irish et aux 13,5 milliards cédés par Allied Irish.

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