Les Etats-Unis s'installent dans les déficits géants

le 02/02/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le budget 2011 laisse attendre de nouvelles émissions massives du Trésor sur le marché

Pendant que les marchés jouent à se faire peur avec la dette des pays périphériques de la zone euro, les Etats-Unis s’enfoncent dans les déficits chroniques. Le président américain Barack Obama a transmis hier au Congrès un projet de budget 2011 – avec un exercice fiscal commençant le 1er octobre de cette année – qui table sur un déficit de 1.267 milliards de dollars. En 2010, ce dernier atteindra même le record de 1.556 milliards, soit 10,6% du PIB. Le pays continuera donc à inonder d’emprunts d’Etat le marché obligataire.

Il est difficile de prévoir comment se décomposeront ces appels au marché, le Trésor américain ne communiquant ses programmes d’émissions qu’à un horizon trimestriel. A titre de comparaison, les besoins de financement de 1.753 milliards de dollars identifiés pour l’exercice fiscal 2010, soit 1.260 milliards d’euros environ, dépassent les émissions des pays membres de la zone euro, qui devraient approcher les 1.000 milliards d’euros.

Le rendement des emprunts d’Etat américains s’est tendu à la marge hier, de 5 points de base sur le 2 ans et 7 bp sur le 10 ans, à 3,65 %. Mais c’est surtout l’annonce d’un indice d’activité ISM meilleur que prévu qui explique ces variations.

Le budget Obama prévoit certes quelques mesures de rigueur pour ramener le déficit autour de 700 milliards en 2014. Les deux tranches supérieures d’imposition seront relevées de 3 et 4,6 points à 36% et 39,6%, et les crédits d’impôt dont jouissaient les revenus supérieurs à 250.000 dollars prendront fin cette année. La taxation des plus-values et des dividendes passera quant à elle de 15% à 20%. Sans oublier la fameuse taxe sur le passif non garanti des banques, censée ramener 90 milliards en dix ans.

Dans le même temps, ce projet institutionnalise des dépenses, comme les « Build America bonds », ces obligations émises par les municipalités pour financer des projets d’infrastructures, aux coupons soumis à l’impôt, et dont le gouvernement fédéral propose de prendre 28% du coût à sa charge. Le budget fait aussi l’impasse sur la réforme des agences hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac, qui devraient recevoir 153 milliards du Trésor d’ici à septembre 2011. Un chantier pourtant essentiel, aussi bien pour le marché immobilier résidentiel américain que pour les finances publiques, mais auquel l’administration se garde de toucher pour le moment.

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