La division de l'Europe pénalise la Grèce

le 19/03/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'idée d'un soutien du FMI à Athènes a été très mal perçue par le marché des taux

L'accalmie a été de courte durée pour la Grèce. Au lendemain de l'évocation par le Premier ministre George Papandréou d'un recours au Fonds monétaire international en cas d'absence d'aide européenne, la courbe des taux grecque s'est fortement tendue, enregistrant jusqu'à 40 pb de hausse sur la maturité deux ans. L'information de Dow Jones selon laquelle le pays irait demander l'aide du FMI lors du week-end de Pâques a jeté le trouble, exacerbant la nervosité des marchés. L'euro/dollar a reculé de 1,1% à 1,358. 

Si  le ministre grec des Finances, Georges Papaconstantinou a jugé «ridicule» l'idée d'une aide du FMI dès le 2 avril, cela ne l'a pas empêché de presser, jeudi, l'Union européenne à s'engager clairement sur une facilité de prêt à l'issue du sommet de Bruxelles des 25 et 26 mars, si le coût de financement du pays demeure élevé. Sans quoi, le pays aura des difficultés à exécuter son programme de réduction des déficits.

«S’étant engagée sur des mesures de redressement budgétaires, la Grèce a brandi maladroitement la menace d’un recours au FMI pour obtenir de l’UE une aide plus précise et plus poussée notamment pour faire baisser le coût de sa dette. Au vu de l’incapacité de la zone euro à la valider, elle risque de mettre ses menaces à exécution», explique Laurent Bilke, senior économiste chez Nomura. Selon Crédit Agricole CIB, les besoins de financement de la Grèce s'élèvent à environ 21 milliards d'euros d'ici à fin mai.

Pour l'heure, Caroline Atkison, directrice des relations externes du FMI lors d'un point presse à Washington hier a précisé sur ce sujet que le fonds n'avait reçu «aucune demande d'assistance financière» de la part de la Grèce et que pour le moment, l'institution lui apportait une «assistance technique».

«Mais en parlant du FMI, la Grèce a changé la nature de sa crise. Elle a transformé son problème de coût de financement élevé en problème de liquidité plus pressant. ajoute Laurent Bilke. Ce que le marché n’apprécie guère. Les taux à 10 ans ont bondi de 17 pb à 6,26%. Aux yeux de René Defossez, stratégiste taux chez Natixis, «le manque de solidarité de certains pays membres à l’égard de la Grèce et l’absence d’un accord clair sur d’éventuels prêts ou aides bilatérales sont très mal perçus par le marché des taux et nourrissent la volatilité des spreads grecs». Les revirements de l'Allemagne, devenue semble-t-il favorable au recours au FMI, compliquent la donne.

D'après le stratégiste, au vu de la mésentente entre Etats sur les problèmes grecs et l’absence de volonté de mutualiser le risque budgétaire en zone euro, il est difficile d'anticiper des décisions susceptibles de restaurer la stabilité financière de l’Europe. «Ce que révèle le cas grec est que l’Union économique et monétaire a été construite sur un malentendu, le projet de stabilité financière étant interprété de manière différente au sein de la zone euro», indique Laurent Bilke. Pour Marco Annunziata, chez UniCredit, «cela portera un nouveau coup à l'euro, non pas parce que le FMI pourrait intervenir, mais à cause de la façon dont nous arrivons à cette solution».

Selon lui, un éventuel recours en dernier ressort au FMI fait craindre le même scénario pour les Etats de plus grande taille, comme l’Espagne ou le Portugal. Ces derniers ont cependant placé hier sans problème respectivement 5 milliards d'euros à 10 et 31 ans et 1,25 milliard de dollars à 5 ans.

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