Le déluge de dette souveraine va s'intensifier

le 23/03/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La récession marquée en zone euro force les Trésors à relever leurs programmes d'émissions

Le déluge de titres qui a commencé à se déverser sur le marché européen de la dette d’Etat, risque de s’intensifier au vu de la dégradation marquée des perspectives économiques, synonyme de dépenses publiques supplémentaires et de creusement des déficits budgétaires. De fait, après la France, l'Allemagne a revu la semaine dernière à la hausse son programme d'émissions de 20 milliards d'euros. Le Royaume-Uni, lui, a surpris en prévoyant provisoirement 10 milliards de livres d'émissions de plus qu'anticipé. 

La dégradation accélérée des indicateurs économiques ne laisse pas d'autre choix aux Trésors en Europe. Alors que le dérapage de ses déficits a conduit début mars la France à relever de 17 milliards d'euros ses besoins de financement de 2009, dont 10 milliards à moyen et long terme, les analystes de Goldman Sachs appellent, dans une note, à un assouplissement budgétaire coordonné en zone euro de 1.000 milliards d'euros cette année et la suivante afin de dynamiser la consommation privée. Mais pour l'heure, c'est au coup par coup et de manière indépendante que les relèvements des programmes d'émission s'effectuent.

L'Allemagne a annoncé la semaine dernière la hausse de 20 milliards d’euros de son programme d’émissions 2009 pour prendre en compte son plan de relance. La Finanzagentur, l’homologue de l'Agence France Trésor, comptait initialement émettre 323 milliards d'euros de dettes (149 milliards de titres d’Etat, 174 milliards de titres à courte maturité), contre 220 milliards en 2008. Mais cet ajustement du programme d'émissions à la hausse paraît déjà insuffisant. Alors que le budget allemand est construit sur une prévision officielle d'une contraction du PIB de 2,25% en 2009, celle-ci pourrait atteindre les 5%. Même constat en France, où l'objectif gouvernemental d'une contraction de 1,5% ne tient plus face aux prévisions de l'Insee, qui table sur un acquis de (dé)croissance de -2,9% à fin juin. 

Outre-Manche, le DMO, le bureau de gestion de la dette britannique, prévoit de placer un record de 147,9 milliards de livres de titres d’Etat (gilts) en 2009-2010, contre 140 milliards anticipés par le marché. Un chiffre qui pourrait lui aussi être révisé le 22 avril, date de présentation du budget britannique du Parlement. Selon Barclays Capital, celui-ci pourrait être relevé de 15 à 20 milliards de livres étant donné que le Trésor doit encore réviser ses prévisions économiques. 

Dans le même temps, les conditions de marché pour les titres d'Etat demeurent difficiles. Les adjudications de Bunds, devenus trop chers, continuent à se placer sans susciter un réel engouement de la part des investisseurs. Les émetteurs périphériques tels que l’Irlande et la Grèce exposés à un risque accru de liquidité et de crédit sont obligés d'émettre à des marges très élevées pour placer leur papier. Dans ce contexte, le DMO a choisi de jouer la carte de la flexibilité pour soutenir son offre de dettes. Elle prévoit de recourir cette année à des mini-enchères et, chose nouvelle, à la syndication bancaire pour vendre des volumes plus importants sur des gilts longs et indexés. Une option que la Grande-Bretagne n'avait utilisée qu'une fois, en 2005, pour vendre une obligation à 50 ans.

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