La BoE s'approche du taux zéro, la BCE l’exclut

le 06/02/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Après avoir marqué une pause, la BCE pourrait baisser ses taux de 50 points de base en mars

En zone euro et au Royaume-Uni, les décisions de politique monétaire prises hier n’ont pas surpris les marchés. Comme la Banque centrale européenne l’avait laissé entendre en janvier, elle a laissé son taux de refi inchangé à 2%. La Banque d’Angleterre a quant à elle baissé son taux directeur de 50 points de base à 1%, évoquant notamment les sombres perspectives de l’économie britannique. Ni l’une, ni l’autre n’ont en revanche précisé leurs intentions en matière d’armes non conventionnelles.

La Banque d’Angleterre a poursuivi sa politique accommodante. Elle s’attend en effet à un repli de l’activité britannique au premier trimestre similaire à celui observé au dernier trimestre 2008, à savoir -1,5%. Par ailleurs, les conditions d’octroi de crédit se sont encore durcies. Seuls points positifs mentionnés par la BoE, les allègements fiscaux, la baisse substantielle de la livre sterling et le repli du prix des matières premières pourraient constituer un soutien considérable à l’économie au fil de l’année.

La semaine prochaine, la publication du rapport d’inflation fournira «plus d’indices sur la façon dont la BoE prévoit de procéder, maintenant que nous approchons du taux zéro», estime Chiara Corsa, économiste chez UniCredit. Le taux directeur pourrait atteindre un point bas à 0,5%. Arrivée à ce stade, la BoE pourrait se mettre à utiliser des armes non conventionnelles dans le cadre du dispositif de l’Asset Purchase Facility annoncé la semaine dernière. Toutefois elle n’a rien dévoilé à ce sujet hier. Certes, elle en a salué la création, mais «elle n’a pas indiqué s’il pourrait devenir l’outil privilégié de politique monétaire», précise Daragh Maher, stratégiste change chez Calyon.

La Banque centrale européenne exclut pour l’heure de suivre le chemin de la BoE vers une politique de taux zéro. Son président Jean-Claude Trichet, l’a jugée hier «inappropriée». En revanche, la BCE reste ouverte à l’utilisation d’armes non conventionnelles. Certaines figurent déjà dans son arsenal. «Nous sommes dans un mode non conventionnel puisque nous avons ouvert plusieurs fenêtres proposant un montant illimité de liquidités sur des durées d'une semaine à six mois», a déclaré Jean-Claude Tricher. Pour lui, la mise en place d’autres mesures de ce type ne sont pas incompatibles avec des taux nuls.

Pour Dominic Bryant chez BNP Paribas, la conférence de presse a donné l’impression que «des discussions sont en cours sur un éventail d’options mais rien n’est imminent, peut-être parce que la BCE n’identifie pas de risque significatif de déflation, du moins à l’heure actuelle».

En matière de politique monétaire conventionnelle, les nouvelles projections de l’Eurosystème seront décisives pour la décision de mars. Jean-Claude Trichet ayant laissé la porte ouverte à une nouvelle baisse de taux, les économistes continuent de tabler sur un geste de 50 pb à cette occasion. Suite aux décisions, conformes aux attentes, de la BCE et de la BoE, l’euro est resté stable à 1,286 dollar et la livre s’est appréciée à 0,88 pour un euro.

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