Le billet vert reste sur la mauvaise pente

le 26/05/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Depuis mi-février, la devise américaine s'est dépréciée de 15 % face à la monnaie unique

Malgré des signes d'arrêt de la dégradation des conditions économiques aux Etats-Unis et l’évocation par certains membres de la Fed d’une possible reprise de l'activité d’ici à la fin 2009, le dollar poursuit sa dynamique baissière entamée il y a trois mois. L’euro/dollar, qui a touché le 18 février un plus bas de l'année à 1,253, a hier atteint en séance un plus haut de 1,4048. Le sentiment ces derniers jours, sur les marchés, d'une certaine inefficacité des rachats d’actifs de la Fed a nourri cette tendance.

Alors que les récentes enquêtes sur le climat économique soutiennent la thèse d'une reprise lente, plusieurs membres de la Fed, dont son vice-président Donald Kohn, ont annoncé une sortie de récession des Etats-Unis pour la fin 2009. Malgré tout, l'avenir du dollar rend nerveux les cambistes. Ces cinq derniers jours, la volatilité de l'euro/dollar à une semaine et un mois a crû de 2 et 4 % vers les niveaux de 15 %. La rhétorique de nombreux observateurs selon laquelle le pire de crise serait passé n'a pas profité au billet vert.

A contrario, la valeur refuge, qui a servi de devise de financement en période d'aversion pour le risque, est pénalisée par les mouvements de portefeuille. Par anticipation, « le marché s’est positionné pour un scénario de reprise [économique, ndlr], une situation qui implique d’être acheteur d'actions et d'être vendeur de dollar », précise Calyon. Selon les déclarations du Prix Nobel d'Economie, Paul Krugman, compte tenu de la stabilisation des marchés du crédit, le dollar devrait reculer en 2009, les investisseurs réinvestissant dans d'autres devises.  

Malgré le discours volontariste des banquiers centraux, l'économiste considère les efforts budgétaires insuffisants pour lancer la repriseAurel BGC juge d'ailleurs les minutes du dernier comité de la Fed « beaucoup plus noires », suite à la revue à la baisse des prévisions de croissance et l’évocation d'une hausse du plan d’achat d’obligations d’Etat. Alors que les rachats sont fixés à 1.750 milliards de dollars, Natixis AM note que cette éventualité « a engendré une défiance vis-à-vis du marché américain ». « Cela s'est perçu sur le dollar mais aussi sur la partie longue de la courbe des taux. Ces propos ont provoqué une interrogation sur le devenir des marchés en dollar », souligne la société de gestion. 

« Cette annonce a relancé le débat sur le risque inflationniste aux Etats-Unis à moyen terme et affaibli le dollar, mais soutenu la hausse des prix des matières premières », ajoute Aurel BGC. Négativement corrélé au dollar une partie de l'année 2008, le prix du pétrole, porté par la thèse d'une éventuelle sortie de crise a touché hier les 62,50 dollars le baril. En janvier, le marché des options le voyait à 57 dollars à la fin 2009. 

La détérioration du déficit budgétaire américain après le sauvetage du secteur financier et le risque de notation suite à la mise sous perspective négative du Royaume-Uni par S&P, risquent aussi de mettre la pression. Pour Werner Eppacher, gérant et responsable devises chez DWS Investments, « la capacité à financer les déficits américains combinée à des taux bas et les craintes sur la qualité des actifs en dollars devraient avoir des effets défavorables au billet vert». Le gérant voit l'euro/dollar à 1,43 d'ici à trois mois.

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