La BCE laisse espérer un autre geste en mars

le 16/01/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Après la baisse de 50 pb d'hier, à 2%, le taux du refi pourrait tomber à un plancher de 1,5%

Nouvelle baisse de taux de la Banque centrale européenne (BCE). Celle-ci a annoncé un geste de 50 points de base (pb), ce qui ramène son taux de refi à 2%. Il retrouve ainsi son niveau plancher observé entre 2003 et 2005. Depuis début octobre, la détente atteint 225 pb. Elle reste toutefois inférieure aux assouplissements menés aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. Prise à l’unanimité, la décision du conseil des gouverneurs fait suite à une détérioration plus forte que prévu de l'économie en zone euro.

L’inflation ne semble plus un sujet de préoccupation pour la Banque centrale européenne (BCE). De fait, la hausse des prix est fortement retombée depuis quelques mois. De 3,8%, elle s’est repliée à 1,6% en décembre, selon l’estimation finale d’Eurostat publiée hier. «Les risques d’inflation sont globalement équilibrés, a déclaré Jean-Claude Trichet, le président de la BCE lors de sa conférence de presse hier. Nous considérons que l'inflation à moyen terme est conforme à notre définition de la stabilité des prix.» S’il reconnaît que l’inflation pourrait connaître d’importantes fluctuations dans le courant de 2009, il n’a pas évoqué le risque d’une déflation. «Il n’y a pas de signes que la BCE vienne à penser que le risque de déflation augmente», souligne Jacques Cailloux, économiste chez Royal Bank of Scotland. 

Les dernières statistiques sur la croissance dans la zone euro ont davantage pesé dans la décision de la BCE. Depuis la dernière réunion du conseil, les publications ont prouvé la dégradation plus forte qu’attendu de la conjoncture. Selon les dernières projections de l’Eurosystème en décembre, la croissance devait baisser de 0,5% en 2009, ce qui apparaît à présent comme «irréaliste», estime Carsten Brzeski, économiste chez ING Global Markets. «Ceci a été indirectement confirmé hier par Trichet, ajoute l’économiste. Le président de la BCE a en effet souligné que le taux directeur prenait en compte la nouvelle détérioration de l’économie depuis décembre et l’anticipation d’un ralentissement significatif.» 

Du coup, la BCE devrait attendre la réunion du mois de mars, et les nouvelles données de l’Eurosystème, pour prendre une nouvelle décision de politique monétaire. «Notre prochain rendez-vous important sera la réunion de mars, lorsque nous aurons de nouveaux éléments d’information substantiels», a indiqué Jean-Claude Trichet. A cette occasion, une baisse des taux n’est pas exclue. Les économistes s’attendent à présent à un geste de 50 pb qui ramènerait le taux directeur à 1,50%. «Avec un taux de refi à 1,50%, le plancher serait probablement atteint», estime Cédric Thellier, économiste chez Natixis. Car le conseil des gouverneurs devrait être réticent à faire passer les taux réels en territoire négatif, estiment les économiste de RBS. «Ceci impliquerait que le taux nominal de 1,5% constituerait un seuil très difficile à casser», expliquent-ils.

Le marché à terme maintient pour l’heure ses anticipations de taux à 1,50% en mars puis à 1,25% d’ici avril. Sur le marché des changes, la porte ouverte à une nouvelle baisse de la BCE a entraîné un repli de l’euro. A moins de 1,31 dollar, il traitait hier à son plus bas niveau depuis un mois.

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