La BCE fait le service minimum sur l'euro

le 09/10/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le marché des changes continue à jouer l'affaiblissement du dollar, qui finance les «carry trades»

Rien ni personne ne semble pouvoir endiguer l’affaiblissement du dollar. Jean-Claude Trichet, qui a laissé entrevoir hier le maintien à 1 % du taux directeur de la BCE pour de longs mois encore, était très attendu sur la question des changes. Mais le président de la Banque centrale européenne s’est contenté de mettre en avant «les déclarations des autorités américaines sur le dollar fort». Hésitant avant la réunion, l’euro a repris sa hausse contre le billet vert, cassant de nouveaux seuils techniques à 1,48.

Le marché des changes ne prend pas au sérieux la rhétorique des banquiers centraux sur le dollar. D’autant que les autorités américaines s’accommodent fort bien, comme en 2008, de la glissade de leur devise, qui soutient les exportations et diminue le risque de déflation. «Tant que les marchés restent sceptiques sur une possible intervention coordonnée, qui nécessiterait à ce stade la bénédiction implicite de la Chine, la BCE ne peut rien faire», rappelle Marco Annunziata, chef économiste d’UniCredit. Ce dernier qualifie de «bluff» les dernières déclarations de Jean-Claude Trichet sur le dollar.

L’absence criante d’avancées sur les déséquilibres mondiaux et les devises lors du G20 de Pittsburgh et du G7 d’Istanbul, n’a fait qu’accélérer les tendances à l’œuvre sur le marché des changes.

L’hypothèse du maintien durable d’une politique monétaire à taux zéro explique la faiblesse du billet vert. «Le dollar reste vulnérable à la baisse car le consensus estime que la Réserve fédérale sera bien plus lente à retirer son stimulus monétaire que d’autres banques centrales comme la BCE», relève Derek Halpenny, responsable Europe de la recherche change chez Bank of Tokyo – Mitsubishi. Les contrats futures sur le Libor 3 mois de décembre 2010 font apparaître un différentiel de 20 points de base en faveur de la zone euro.

Le dollar s’est ainsi transformé depuis le printemps en devise de financement des opérations de portage, au bénéfice des monnaies à haut rendement et liées aux producteurs de matières premières. En relevant par surprise d'un quart de point son taux directeur à 3,25 %, la banque centrale australienne (RBA) a donné un nouveau soutien à ces opérations de carry trade. La parité dollar australien/billet vert est au plus haut depuis 14 mois. L’or a touché hier les 1.058 dollars l’once, les flux d'investissement des fonds indiciels cotés étant pour beaucoup dans cet emballement. Mais la hausse touche également les matières premières agricoles et des métaux précieux comme le palladium et l’argent, lui aussi au plus haut depuis quatorze mois.

«L’amélioration plus rapide que prévu de l’économie australienne et la mise en place de la stratégie de sortie de la RBA laissent penser que d’autres pays vont en faire autant», note David Bloom, stratégiste change de HSBC. La Norvège, qui tient sa réunion de politique monétaire le 26 octobre, le Canada et la Nouvelle-Zélande, destinations traditionnelles du carry trade, figurent désormais dans le viseur des cambistes.

A court terme, les perspectives sur le dollar restent donc baissières. Au grand dam des industriels européens, qui, à l’instar d’Airbus hier, estiment que la hausse de la monnaie unique commence à les placer dans une position «très difficile».

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