La BCE aux portes de l'assouplissement quantitatif

le 06/05/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Elle décidera jeudi si elle met en place des mesures non conventionnelles. Leur sélection est délicate

La décision de politique monétaire de la Banque centrale européenne ne devrait guère surprendre jeudi. Conformément aux précédentes déclarations du président Jean-Claude Trichet, la BCE procédera certainement à une baisse du taux de refi de 25 points de base à 1 % et maintiendra le taux de facilité de dépôts à 0,75 pb. En revanche, l’incertitude est complète sur les éventuelles mesures non conventionnelles que pourrait dévoiler Jean-Claude Trichet, telles que les rachats de dettes privées sur le marché.

Si les décisions sur les taux sont déjà largement anticipées par le marché, elles soulèvent plusieurs questions. D’abord, leur efficacité semble incertaine. « Une baisse de 25 points de base (pb) du refi sans réduction équivalente du taux des facilités de dépôts ne serait probablement pas répercutée sur les taux de marché et donc pas, non plus, sur les taux des crédits bancaires aux agents non financiers », soulignent les économistes d’Aurel BGC.

Par ailleurs, les professionnels attendront des précisions sur les perspectives d’évolution des taux. Ils souhaitent savoir si la BCE s’apprête à marquer une pause dans sa politique monétaire. « Si une telle clarification aiderait la BCE à guider les anticipations de taux d’intérêt à moyen terme, nous n’attendons pas de déclaration ferme, qui indique que le refi a atteint un niveau plancher, prévoient Jacques Cailloux et Silvio Peruzzo, économistes chez RBS. De fait, certains membres du conseil sont encore ouverts à la possibilité d’une nouvelle baisse de taux. » 

L’incertitude est plus forte encore sur les choix de la Banque centrale en matière d’assouplissement quantitatif. Une chose est sûre, elle tranchera la question jeudi, avait indiqué Jean-Claude Trichet lors de sa conférence de presse début avril. Deux possibilités sont le plus souvent mentionnées : le rachat de dettes privées sur le marché et l’allongement de la maturité des facilités de financement. 

Fréquemment évoquée il y a quelques semaines, la première option a depuis perdu en popularité parmi les professionnels de marché. « Ce changement dans les anticipations résulte probablement des commentaires de certains membres contre cette disposition et de l’amélioration du marché interbancaire, qui rendent ces mesures moins nécessaires », analysent les économistes de RBS. La faible efficacité des mesures similaires prises par la Fed et la Banque d’Angleterre ne sert pas non plus cette option. Si cette mesure était néanmoins prise, elle devrait probablement porter sur le rachat de dettes corporate ou, éventuellement sur l’acquisition de prêts syndiqués, d’après RBS. 

L’allongement de la maturité des facilités de dépôts sur des périodes supérieures à six mois est plus fréquemment évoqué. Il pourrait en effet se substituer à une intervention directe sur les marchés, la BCE prenant dans ce cadre les titres en garantie. « Il pourrait entraîner un aplatissement de la courbe des taux sur des maturités allant au-delà de la partie très courte, voire jusqu'à cinq ans, explique Patrick Jacq, stratégiste taux chez BNP Paribas. De fait, si la BCE signale qu'elle fera tout son possible pour faire baisser le coût de refinancement des banques sur des maturités plus longues, les taux sur ces durées devraient baisser à leur tour. »

A lire aussi