Les banques réémettent de la dette à long terme

le 21/06/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le marché des subordonnées se rouvre. Deutsche Bank a émis de la dette « lower tier two » à 10 ans

Juin ne sera finalement pas comme mai. Pollué par la crise grecque, l’accès des banques aux marchés de dette s’était brutalement refermé en mai. Les émissions de dettes subordonnées étaient quant à elles gelées depuis décembre en raison des incertitudes réglementaires liées à Bâle 3. La deuxième moitié du mois de juin commence bien. Après les émissions de covered bonds, puis celles de dettes à court terme, Deutsche Bank rouvre le segment de la dette subordonnée en émettant un milliard d’euros à 2020.

«Cette émission est un excellent signal pour le marché de la dette bancaire. D’autant plus que c’est Deutsche Bank elle-même qui avait semé le trouble sur le compartiment de la dette de lower tier two (LT2), il y a deux ans», rappelle Bernard du Boislouveau, coresponsable de l’origination de dette chez CA CIB. La banque allemande avait en effet refusé de racheter par anticipation des titres subordonnés pour des raisons de coût de financement. Son retour sur le marché constitue tout un symbole.

Les investisseurs n’ont cependant pas la mémoire courte et ont fait payer à Deutsche Bank une prime de risque élevée. Selon les calculs de BNP Paribas, le spread décaissé par la banque allemande représente un ratio de 2,2 par rapport à sa dette senior. Ce ratio LT2 / dette senior pour la moyenne des banques, fondé sur l'indice iBoxx cash, est de 1,85%. Deustche Bank a donc payé relativement plus cher pour placer les nouveaux titres.

Le marché européen n’est pas le seul à envoyer des signaux positifs sur le long terme. HSBC a émis vendredi dernier, une obligation perpétuelle avec un call à 5 ans et demi, de 3,4 milliards de dollars avec un coupon de 8%. C’est la plus grosse opération de ce type depuis octobre 2008. Standard Chartered a émis elle aussi vendredi 750 millions de dollars singapouriens sur de la dette LT2 à 10 ans.

Les tensions se sont réduites ces derniers jours sur la dette bancaire senior et subordonnée, après un mois et demi de pression. L'ensemble des coûts de financement des banques était reparti à la hausse, suite aux craintes sur les dettes souveraines européennes. Une défiance qui trouve en effet son pendant sur le passif des banques. Environ 800 milliards d’euros de dette arrivent à échéance d’ici à fin 2012, dont une partie garantie par les Etats. Ces chiffres cachent de profondes disparités entre établissements de la zone euro : pour 95% du système, la garantie publique couvre moins de 5% de la dette. Mais cette proportion peut grimper jusqu’à 30% chez un petit nombre de banques, expliquait la BCE dans son rapport début juin. De quoi faire monter la pression.

Les CDS sur la dette financière senior et subordonnée ont ainsi atteint des records il y a deux semaines. Les indices iTraxx pour ces deux segments étaient respectivement à 200 et 298 points de base (pb) le 8 juin. Les spreads se sont depuis largement réduits pour atteindre vendredi, 149 et 225 pb.

Une plus grande clarté réglementaire y est sûrement pour quelque chose. Le CEBS, Comité européen des régulateurs bancaires, a donné mardi dernier les grandes lignes de sa définition des capitaux propres des banques, en y excluant la dette hybride (L'Agefi du 15 juin). «Le marché n’était pas fermé pour une question de demande, mais en raison d’un imbroglio prudentiel. On y voit un tout petit peu plus clair aujourd’hui», explique un originateur au sein d'une banque anglo-saxonne.

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