Les banques rassurent sur leur liquidité

le 01/07/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La BCE leur a prêté hier 131,9 milliards d'euros à 1 % sur 3 mois, moins qu'attendu

Apaisement pour les banques européennes. Lors de l'opération de refinancement à 3 mois à taux fixe et illimitée de la BCE d'hier, elles ont demandé 131,93 milliards d'euros, contre 210 milliards attendus par le consensus. Elles n'ont été surtout que 171 banques à participer à l'offre, loin des 1.121 participantes à l'offre de fonds à un an de 442 milliards qui expire ce jour. Il faudra toutefois attendre le résultat de l'offre de liquidité à 6 jours aujourd'hui pour quantifier les liquidités retirées du système bancaire.

«La BCE n’a pas inondé le système bancaire européen de liquidités comme l’attendaient certains sur le marché. Cela signifie que les banques européennes se portent suffisamment bien pour ne pas avoir recours à une 'liquidité banque centrale' à 1% lorsque l’Euribor 3 mois fixe à 0,76%», se réjouit le trésorier d'une banque de la place.

Le faible nombre de banques ayant participé à l’offre, par rapport à il y a un an, montre qu'elles ont confiance dans l’accès à la liquidité. Cette participation peut s’expliquer aussi par un contexte aujourd’hui différent de celui de juin 2009 qui favorisait la stratégie de portage. L'Eonia se traitait autour de 0,92%-0,94 % proche du refi et l’Euribor 1 an dépassait les 1,30%. Un certain nombre d'établissements avaient donc fait de l'arbitrage en empruntant à 1%. Aujourd’hui, l’Eonia 3 mois évolue autour de 0,49%, contre 0,78% pour l’Euribor 3 mois.

Pour autant, Patrick Jacq, stratégiste taux chez BNP Paribas, juge les résultats de l’offre «mitigés», étant donné que l’excès de liquidité dans le système bancaire s’est nettement réduit à environ 20 milliards d’euros et a provoqué hier une tension des taux à très court terme. «Il se peut que certaines banques aient dû attendre de récupérer leurs collatéraux en provenance de la BCE dans le cadre du remboursement de 442 milliards d’euros à un an et n’aient pas pu participer à l’opération à 1 semaine de mardi», note le stratégiste.

Le résultat de l'offre de fonds à 6 jours ce matin donnera une idée du surplus de liquidité dans le système. Le trésorier, lui, estime cet excédent à 30 milliards d’euros plus le montant qui sera demandé lors de cette opération à 6 jours. Il table sur une demande de 50 milliards. Les estimations des banques sur la place de Paris vont de 50 à 200 milliards. La fourchette haute s’explique par le fait que certaines bonnes signatures pourraient choisir de continuer à refinancer temporairement leur portefeuille de titres auprès de la BCE en attendant que le marché du repo absorbe tous les titres donnés en collatéral à la banque centrale lors de l'offre de fonds à un an de juin 2009.

Aux yeux des trésoriers de banque, un surplus de liquidité de 50 à 100 milliards constitue un point d’équilibre à partir duquel les marchés monétaire et interbancaire peuvent se stabiliser et fonctionner normalement. Pour Patrick Jacq, une demande très faible à l'offre à 6 jours, par exemple de 5 à 10 milliards, nourrirait la tension des taux courts et une demande bien supérieure à 50 milliards alimenterait leur détente.

«Après avoir vécu depuis un an avec un excédent de plus de 200 milliards, si nous passons brusquement en dessous du point d’équilibre, il y aurait un nouveau risque de dysfonctionnement des marchés avec à la clé une tension du taux Eonia vers les 0,70-0,80%, avertit un trésorier. Par ailleurs, les banques devront se réhabituer à rechercher du cash, ce qui pourrait impacter les prix à la hausse».

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