Agicam vise les standards des grandes sociétés de gestion

le 21/07/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La filiale d'AG2R La Mondiale a multiplié les chantiers de réforme en deux ans. Elle est revenue en 2009 sur les obligations privées et les actions

Depuis deux ans, Agicam vit une période doublement mouvementée. Comme l’ensemble des investisseurs, la filiale de gestion du groupe paritaire AG2R s’est efforcée de garder le cap dans la tempête financière. Mais elle a aussi dû mener à bien le processus de rapprochement avec Prado Epargne Gestion, filiale de Prémalliance, groupe qui s’est lui-même allié à AG2R en 2005. Les deux sociétés ont fusionné le 4 mai sous l’enseigne Agicam, avec un pied à Paris (54 collaborateurs) et l’autre à Marseille (une dizaine).

Agicam vise les standards des grandes sociétés de gestion. Avec environ 12 milliards d’euros d’actifs, la structure se classe déjà au deuxième rang des filiales de groupe paritaire, derrière Fédéris, la filiale de Malakoff Médéric. Elle gère 8 milliards au titre des engagements de retraite, 2,4 milliards pour la prévoyance, 1 milliard sur l’assurance de personnes, et 350 millions d’encours d’épargne salariale. Ces chiffres ne tiennent pas compte des réserves de La Mondiale, désormais alliée à AG2R, même si la logique voudrait qu’à terme, le nouvel ensemble n’ait qu’une seule société de gestion.

Aux nombreux chantiers d’évolution des systèmes informatiques et des risques, qui se sont étalés sur 28 mois, est venue se greffer la crise financière. Celle-ci a accéléré des réformes déjà engagées, comme la mise en place d’une base documentaire sur le crédit et d’un système permettant de modéliser l’effet d’un événement majeur sur le portefeuille. Parfois, elle les a provoquées : ainsi de l’analyse du risque des dettes subordonnées bancaires, remise à plat lorsque ce compartiment a « explosé » fin 2008.

Les turbulences des marchés ont par ailleurs influé sur la politique d’allocation d’actifs de l’investisseur institutionnel. En termes agrégés, ce dernier est investi à 7 % en actions, 10 % en monétaire, et le reste en obligations, avec une poche alternative négligeable. Au sein du portefeuille retraite, majoritaire et soumis au code Agirc/Arrco, la proportion est plutôt de 70 % en taux et 30 % en actions.

« Au premier semestre 2007, nous avions constitué une part très importante de cash dans l’ensemble du portefeuille, autour de 20 % par exemple dans les portefeuilles retraite contre 1 % en moyenne entre 2001 et 2006. L’enjeu des derniers mois a été de dégonfler cette poche monétaire », explique Philippe Dutertre, le président du directoire d’Agicam. La société s’est donc montrée très active depuis le début de l’année sur le marché primaire des obligations d’entreprises. Elle a aussi reconstitué, à partir de mars, à hauteur de 30 %, la part de la poche actions dans le portefeuille retraite, qui n’avait cessé de diminuer depuis les 40 % atteints fin 2007.

La filiale d’AG2R La Mondiale a en revanche mis entre parenthèses en 2008 ses projets d’investissement dans la gestion alternative. « Pendant trois ans, nous avons mené une mission de réflexion sur la place de l’alternatif dans notre univers, que les événements de 2008 nous ont empêché de concrétiser. Notre intention est toujours de faire vivre une poche alternative, qui pourrait représenter jusqu’à 5 % des portefeuilles retraites », précise Philippe Dutertre. Les actifs alternatifs se limitent aujourd’hui à 170 millions d’euros d’engagements de private equity à travers une vingtaine de FCPR, et une mise négligeable en fonds de hedge funds.

La société a enfin modifié ses relations avec ses gérants externes. « L’une des caractéristiques d’Agicam est son ouverture à la gestion déléguée, y compris dans les domaines où nous disposons par ailleurs de nos propres compétences, comme les actions européennes, rappelle Philippe Dutertre. Environ 1,5 milliard d’euros sont aujourd’hui délégués. » La crise des fonds monétaires dynamiques à l’été 2007, même si elle n’a pas affecté directement la société, a poussé cette dernière à ramener à 20 % la part en délégation, contre 100 % auparavant. Agicam reste néanmoins friande d’ouverture, pour laquelle elle s’appuie sur la solution Axeltis de Natixis. « Après le monétaire, les actions et l’ISR, nous allons ouvrir la gestion obligataire », indique son président.

D’autres sujets font aujourd’hui plancher Agicam. L’épargne salariale, par exemple, un marché dont le groupe était quasiment absent il y a cinq ans, et conçu comme un relais de croissance. L’investissement socialement responsable (ISR) aussi – un dossier qui a des connexions avec le précédent. « L’approche ISR est constitutive d’Agicam. C’est un filtre qui s’applique à l’ensemble de notre démarche. Nous finalisons d’ailleurs pour la mi-septembre une base de données qui permettra aux équipes de gestion de disposer des informations ISR pour la totalité de nos lignes », explique Philippe Dutertre. Signe de cet engagement, la société a été la première en France, fin 2008, à s’attacher les services du groupe américain de conseil aux investisseurs, Glass-Lewis.

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