2010 devrait profiter aux émissions longues

le 08/12/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le marché s'attend à un positionnement accru des Etats européens sur les emprunts de 30 ans et plus

La dégradation à venir du ratio déficit/PIB en zone euro, le fort appétit des investisseurs pour la partie longue de la courbe des taux et l'environnement de taux bas devraient amener les émetteurs souverains à rallonger leur profil de dette en  2010. Alors que, selon la Société Générale, les émissions à 15 et 30 ans en zone euro ont doublé sur un an à 124 milliards d'euros en 2009, UniCredit s'attend encore à une hausse des émissions de 30 ans, et plus, de 11 milliards d’euros l'année prochaine.

Pour UniCredit, les perspectives en 2010 des finances publiques dans l'Union européenne monétaire (UEM)demeurent difficiles, l'établissement prévoyant un ratio déficit sur PIB en hausse de 6,4% à 7% et 1.100 milliards d'euros de besoins de financement. « Pour couvrir leurs besoins, nous anticipons que les pays de l'UEM émettent 955 milliards d'euros de dette moyen long terme (soit 440 milliards d'offre nette)», précise la banque.

Celle-ci s'attend à ce que les Etats réduisent l'offre de dette sur la fin de la partie courte de la courbe des taux(3 ans) afin de ne pas dégrader leur profil - déjà alourdi - de remboursement de dette en 2012-2013 et augmentent la duration des émissions. Si en 2010, les Etats devraient encore privilégier les maturités 10 ans pour couvrir leurs besoins, celles à 15 ans sont attendues en retrait au profit de celles à 30 ans et au-delà.

Certains pays, qui avaient déjà émis de la dette à 30 ans, comme la Belgique, pourraient émettre de nouvelles lignes à 30 ans. D'autres ayant atteint leurs objectifs d'émissions, comme le Portugal, pourraient profiter des conditions pour placer de la dette très longue.

La demande actuelle favorise un tel scénario. D'ailleurs, au vu du succès cette année des émissions longues, l’Agence France Trésor (AFT) envisage d'émettre en 2010 des obligations à 40 ou 50 ans s’il y a de la demande. Les nouvelles contraintes obligeant assureurs et fonds de pension en Europe à couvrir leurs passifs long terme avec des actifs moins risqués devraient maintenir leur appétit pour la dette à très long terme.

«Nous avons émis sur 2009, près de 30 milliards d'euros à 15 ans et plus, soit plus du double qu'en 2008, du fait de la demande pour des gérants et fonds de pension pour des actifs sûrs et liquides. Emettre aujourd'hui à très long terme assure un financement pérenne à des conditions avantageuses», précise le porte-parole de l'AFT. La France a aussi réformé le mois dernier le segment des OAT démembrées, fortement focalisées sur des durations longues, pour rendre plus liquides ces instruments utilisés par ce genre d'investisseurs.

En juin, l’AFT a rouvert le marché du 30 ans en syndiquant 6 milliards d'euros d'OAT avril 2041. La France pourrait choisir d'émettre une nouvelle obligation à 50 ans de référence, étant donné que l'OAT 2055 émise en 2005 a une valeur résiduelle de 45 ans.Cette dernière avait dynamisé le marché des swaps à très long terme(30 à 50 ans). Une émission de référence à 40 ans profiterait encore à ce compartiment.

Enfin, les taux bas favorisent ce genre de placement. En 2009, le taux moyen de l'OAT à 50 ans s’établissait à 4,19% contre 4,55% en 2008 et 4,47% en 2007.

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