L’étau se resserre sur les marchés émergents

le 14/09/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les sorties de capitaux et la chute des devises se poursuivent à un rythme inquiétant, en attendant la Fed jeudi.

Les économies émergentes sont au cœur de la tourmente. Dans son dernier rapport trimestriel, la Banque des règlements internationaux (BRI) souligne l’aggravation de la vulnérabilité économique et financière de la zone émergente liée à la violente correction des marchés actions chinois et au changement brutal de régime de change décidé en août par Pékin. Une situation à laquelle s’ajoute l’arrivée du moment clé où la Fed va entamer son processus de normalisation monétaire, avec en ligne de mire la réunion tant attendue de ce jeudi.

«Le ralentissement économique en Chine et l’appréciation du dollar ont mis les pays émergents face à une double difficulté: les perspectives de croissance sont affaiblies, notamment pour les exportateurs de matières premières, et le poids de la dette en dollar s’est accrue», alerte ainsi la BRI dans son rapport publié dimanche. Ces inquiétudes ont conduit S&P à dégrader la note de la dette en devise étrangère du Brésil en catégorie spéculative la semaine dernière, et entraîné une vague de dépréciations des devises émergentes. Cette semaine, Fitch rendra son verdict sur la Turquie.

Le real, le rouble, la livre turque ou le rand sud-africain ont cédé 32%, 37%, 18% et 15% depuis le mois d’avril et sont même tombés récemment à leur plus faibles niveaux historiques contre dollar. Même le peso mexicain et le ringgit malaisien ont lourdement chuté malgré des interventions répétées des banques centrales des deux pays. Ces dépréciations ont accru les difficultés des émetteurs émergents à assurer le service de leur dette en dollar, ajoute la BRI.

Les sorties de capitaux sur les fonds en actions émergentes atteignent 58 milliards de dollars depuis le début de l’année, contre 142 milliards d’entrées nettes cumulées en Europe et au Japon, selon les derniers chiffres d’EPFR Global. «Cela fait désormais un mois que la Chine a dévalué le renminbi (RMB), et si la récente stabilité du yuan a permis de ramener le calme sur les marchés, les incertitudes sur la Chine, le ralentissement de la croissance, les sorties de capitaux et la pression exercée sur les notes souveraines agissent comme un poids constant sur les actifs émergents», rappelle Barclays.

La réunion du FOMC qui s’achève jeudi s’annonce cruciale. Si le FMI et la Banque mondiale l’ont exhorté à décaler son processus, plusieurs banques centrales émergentes se sont prononcées en faveur d’une première hausse des taux dès à présent pour éviter de nourrir la volatilité. Depuis les tensions d’août, les contrats Fed funds n’intègrent plus un tel scénario qu’avec une probabilité de 28%. Si SG CIB croit toujours à un premier geste jeudi, elle ajoute que le communiqué et les «dots» du FOMC devraient préparer les marchés à ce qu’elle soit suivie d’une longue pause qui durera au moins jusqu’à la fin de l’année.

«Contrairement au mois de mars où son inquiétude se focalisait sur les effets de la force du dollar sur l’économie américaine, la Fed devrait cette fois se concentrer sur ses effets sur la faiblesse du yuan et sur l’instabilité économique et financière dans les pays émergents. Si sa réaction face à ce risque persistant est incertaine, la décision d’août sur le RMB indique clairement que la Chine n’est plus prête à voir sa devise suivre le dollar contre toutes les autres», ajoute Citigroup.

L’indice Nomura de pression sur le taux de change du RMB a d’ailleurs atteint un record coïncidant avec celles subies par les autres devises émergentes.

A lire aussi