L'Ukraine engage le bras de fer sur la restructuration de sa dette

le 21/05/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le pays menace d'imposer un moratoire sur sa dette en cas d'échec des discussions. Moscou refuse de prendre part aux négociations.

Moscou hausse le ton. Le ministère des Finances a prévenu jeudi que la Russie n'hésiterait pas à traîner l'Ukraine devant les tribunaux dans l'éventualité où Kiev n'honorerait pas son prochain remboursement obligataire de 75 millions de dollars le 20 juin. Alors que s'engagent des discussions sur une restructuration de la dette internationale de 23 milliards de dollars, l'Ukraine a adopté un projet de loi permettant au gouvernement de cesser en cas de besoin tout versement s'il ne parvient pas à un accord avec ses créanciers obligataires d'ici au 15 juin.

Moscou ne participe pas ces négociations, soutenant que l'eurobond de 3 milliards de dollars arrivant à maturité en décembre a été souscrit auprès du régime de l'ancien président Viktor Ianoukovitch.

L'échec d'un accord menacerait le déblocage des futures tranches de l'aide de 17,5 milliards de dollars consentie par le Fonds monétaire international. Pour la ministre des Finances ukrainienne Natalie Jaresko, le niveau d'endettement du pays est «insupportable» et il n'y a pas d'«autre alternative» pour les créanciers que d'accepter des extensions de maturité, des réductions de coupon et des décotes. Le premier créancier privé de l'Ukraine, le gérant américain Franklin Templeton, ne l'entend pas ainsi.

Détenteur aux côtés de trois autres investisseurs de 8,9 milliards de dollars de dette ukrainienne, Franklin Templeton estime que le pays peut atteindre ses objectifs sans mettre ses créanciers à contribution. De l'avis d'Andrew Matheny, économiste de Goldman Sachs, le gouvernement ukrainien pourrait attendre la conclusion du premier examen du FMI le 15 juin puis honorer le versement du coupon à la Russie le 20 juin avant d'imposer un moratoire.

Ce soutien du FMI, qui doit servir de base à un programme d'aide de 40 milliards de la communauté internationale, est crucial alors que le produit intérieur brut a chuté de 17,6% au premier trimestre par rapport à la période comparable de 2014. L'Ukraine a déjà reçu en mars un versement de 5 milliards de dollars dans le cadre de ce plan d'aide sur quatre ans. Kiev estime un soutien des créanciers privés indispensable, alors que la dette publique devrait atteindre 94% du PIB cette année, selon le FMI.

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