«La relation empirique pétrole-taux de change apparaît assez robuste»

le 18/05/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Jean-Luc Proutat, économiste, responsable Economies de l'OCDE, chez BNP Paribas

-L’Agefi : Comment expliquez-vous la remontée récente de l’euro/dollar ? Devrait-elle se poursuivre?

-Jean-Luc Proutat: Sans doute par des achats opportunistes, eu égard au prix attractif offert par la monnaie unique, inférieur de 20% à sa valeur d'équilibre contre dollar. Ce regain d'intérêt s'expliquerait d’autant mieux que les cours du pétrole remontent, ce qui augmente la quantité de pétrodollars en circulation, donc la demande potentielle pour les biens, services ou actifs libellés en euros. La relation empirique pétrole-taux de change apparaît d’ailleurs assez robuste. Elle pourrait avoir joué un rôle, mais elle n’est pas la seule à intervenir. Le maintien de taux d’intérêt négatifs sur le marché monétaire, très inférieurs à ceux du dollar, exerce une pression baissière sur l’euro. Celle-ci pourrait s’accentuer si la Réserve fédérale des Etats-Unis venait à normaliser sa politique. Dans ces conditions, il est peu probable que la remontée de l’euro se poursuive.

-La perspective d’un référendum sur l’adhésion du Royaume-Uni à l’Union pourrait-elle peser sur l’euro/livre?

-Oui. En conditionnant son second mandat à un référendum sur l’appartenance à l’Union européenne, le premier ministre David Cameron a fait un pari hasardeux. Le marché unique, c’est la moitié des débouchés commerciaux britanniques, plus du tiers des actifs bancaires détenus hors frontières. S’en couper serait un non-sens, économique et financier. Lorsque la question du « Brexit » se posera, la livre risque d’être le principal baromètre de l’inquiétude des investisseurs étrangers, dont le Royaume-Uni dépend beaucoup pour pallier son insuffisance d’épargne et équilibrer sa balance des paiements.

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