«Nous vivons avant tout un changement de régime de volatilité»

le 18/05/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Nicolas Forest, responsable du fixed income chez Candriam

-L'Agefi : Comment expliquez-vous le récent mouvement de remontée des taux et quelles sont ses conséquences ?

-Nicolas Forest : La remontée des taux est paradoxale: alors que les investisseurs considéraient les obligations comme historiquement trop chères, personne ne s'attendait à une remontée aussi brutale. Les raisons de cette hausse sont d'abord techniques: un calendrier d'émissions chargé en mai, un positionnement des investisseurs longs et un changement de momentum accentué par les fameux «trend followers». Pourtant ces raisons ne doivent pas cacher un changement plus fondamental du marché obligataire causé par le fameux quantitative easing (QE) de la BCE. Économiquement tout d'abord, le succès du QE est un des facteurs majeurs du rebond de la croissance européenne. Comment justifier des taux à 0% à 10 ans quand la croissance nominale pourrait atteindre 3%? Financièrement enfin, l'action inédite de la BCE a contribué au retour de la volatilité sur les marchés obligataires. Avec des taux aussi bas, une liquidité tarie et un seul acheteur, tout mouvement peut s'accélérer. Nous vivons avant tout un changement de régime de volatilité.

-Qu'apportent, à vos yeux, les «minutes» de la BCE?

-La BCE continue de s'américaniser et suit avec plusieurs années de retard les méthodes de la Fed. Après l'adoption du quantitative easing, ces minutes ont pour but d'améliorer la transparence de leur politique afin d'ancrer davantage les anticipations à long terme. Le paradoxe de toutes ces mesures, c'est que plus la BCE devient transparente, plus sa stratégie de sortie pourrait s'avérer complexe.

A lire aussi