Bruxelles laisse du temps aux Etats et insiste sur les réformes

le 15/05/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les recommandations dans le cadre du semestre européen se veulent «moins intrusives», mais la France reste sous surveillance

«Globalement, la Commission a considéré que ses recommandations avaient été entendues», a expliqué le commissaire européen Pierre Moscovici en présentant mercredi les recommandations de Bruxelles dans le cadre du semestre européen. Selon lui, «la qualité et la cohérence sont meilleures que dans le passé». Bruxelles veut échapper à son image de père la rigueur et s’en tenir à des recommandations plus générales, axées sur la croissance.

En pratique, la pression est légèrement relâchée, confirmant que la Commission veut faire preuve de flexibilité: la Belgique et l’Italie échappent à l’ouverture d’une procédure en déficit excessif en dépit leur endettement élevé, la Pologne en sort grâce à un ajustement statistique dû à la réforme des retraites, le Royaume-Uni se voit octroyer un délai de deux ans pour ramener son déficit sous les 3%. Le vice-président Vladis Dombrovskis a rappelé que l’embellie actuelle était largement due à des facteurs externes: baisse des prix du pétrole et de l’euro, faiblesse des taux. Mais Bruxelles mise sur le retour de la croissance qui pourrait dépasser les 2% en 2016 pour faciliter l’ajustement macro-économique.

«Nous voulons être incitatifs... moins intrusifs», a expliqué le commissaire français pour justifier son refus de commenter le récent accord collectif en Espagne sur une augmentation de salaire de 1%. Sur le papier, il est toutefois demandé à Madrid que les salaires évoluent «en dessous» de la productivité pour cause de chômage élevé.

La surveillance de l’Allemagne, dont la balance des paiements affichera un excédent proche de 8% en 2016 (au-dessus du seuil des 7% depuis 2012), n’a, elle non plus, pas été renforcée. «Nous allons garder l’œil sur le niveau de déséquilibres mais personne ne dément que des efforts importants ont été fait» pour stimuler la demande interne ou les investissements publics, a expliqué Pierre Moscovici.

Dans le cas français, le ton reste ferme mais la Commission a renoncé à franchir un cap supplémentaire en matière de surveillance ou de sanctions pour déficit excessif. «L’effort budgétaire en 2016 et 2017 est inférieur au niveau recommandé», estime-t-elle, et les mesures destinées à le soutenir «insuffisamment spécifiées». La France doit présenter un programme de réforme ajusté d'ici au 10 juin. Toujours dans le viseur: l’insuffisance des économies prévues en matière de médicaments, de dépenses hospitalières, de retraites, ou au sein des administrations locales.

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