Le marché du crédit en euros reprend son souffle

le 31/03/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Entre afflux d'émission, fatigue des investisseurs et prises de profits, les spreads se sont écartés en mars.

Les spreads des obligations non financières en euros se sont élargis en mars. Illustration L’Agefi.

Fatigue passagère de fin de trimestre ou amorce d’un retournement ? Le marché de crédit en euros a donné des signes d’essoufflement ces dernières semaines, après un début d’année en fanfare. Au mois de mars, les spreads des obligations non financières mesurés par les indices Markit iBoxx Corporates se sont élargis d’environ 15 points de base sur le compartiment investment grade et de 30 pb sur le high yield en euros. Un petit émetteur comme Touax a même dû renoncer vendredi à son projet d’emprunt.

«L'afflux de papiers provoque une certaine fatigue des investisseurs depuis quelques semaines», reconnaissait la semaine dernière Michael Haize, responsable des marchés de capitaux chez Deutsche Bank à Paris. Il leur a fallu digérer d’énormes volumes d’émission de dette corporate sur le marché primaire au premier trimestre: 120 milliards d’euros selon un pointage de SG CIB arrêté au 26 mars, soit un tiers de plus que l’an dernier à la même période, et près de 70 milliards d’offre de papier net des tombées. En février et début mars, en particulier, les entreprises américaines se sont précipitées sur le marché en euros pour profiter des conditions offertes par la mise en œuvre du QE de la BCE.

L’écartement des spreads a d’ailleurs coïncidé avec le lancement du programme d’achats de dette publique de la banque centrale le 9 mars. «On a vu quelques investisseurs à la vente sur des obligations corporates afin de se créer des liquidités pour réinvestir dans les nouvelles émissions. Il est probable aussi que certains asset managers aient voulu profiter de la baisse des taux sur les maturités longues pour prendre leurs profits», explique Paul Santucci, directeur de l'origination corporate DCM chez HSBC France. D’où les pressions ressenties sur le marché secondaire. Les emprunts récents, comme ceux de BAT, de GDF Suez ou de Coca-Cola, n’ont pas échappé à l’écartement des spreads.

Selon plusieurs observateurs, les investisseurs qui souhaitaient faire de la place dans leur portefeuille ont parfois eu peine à se défaire de leurs positions. «Les desks de trading des banques d’investissement, qui doivent minimiser leur consommation de fonds propres au titre de l’IRC (incremental risk charge), sont fortement incités par la réglementation à alléger leurs books sur les dernières semaines du trimestre», rappellent les stratégistes crédit de Natixis.

La mini-correction du marché, qui s’est interrompue depuis la semaine dernière, doit cependant être remise en perspective. Les rendements restent à des niveaux historiquement bas, moins de 4% pour le high yield. «Les entreprises américaines se sont un peu retirées du marché en euros, avec seulement une émission investment grade la semaine dernière, et avec la saison des résultats, les volumes devraient revenir à des niveaux plus gérables sur le primaire», notent Guy Stear et Juan Esteban Valencia, stratégistes crédit chez SG CIB.

«Nous étions sans doute allés un peu trop loin en termes de spreads et de volumes, mais il ne s’agit pas d’un retournement du marché, corrobore Paul Santucci. Sur le primaire, les transactions se placent toujours bien. Le mois d’avril un peu plus calme qui s’annonce va permettre au marché de souffler».

Les spreads des obligations non financières en euros se sont élargis en mars. Illustration L’Agefi.
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Les spreads des obligations non financières en euros se sont élargis en mars. Illustration L’Agefi.

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