L'heure de vérité a sonné pour Athènes

le 30/03/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La Grèce a transmis à ses partenaires sa liste de réformes, qui sera examinée mercredi.

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras © Union européenne

La nouvelle liste de réformes envoyée vendredi par le gouvernement grec d'Alexis Tsipras sera examinée au peigne fin par ses partenaires et par le FMI lors d’une réunion extraordinaire de l’Eurogroupe qui se tiendra mercredi à Bruxelles. Plus que son impact économique au long cours, l’enjeu immédiat est sa ratification par ses créanciers qui déclencherait le versement progressif de la tranche d’aide bloquée depuis décembre. Une manne vitale pour le pays qui a épuisé ses ressources pour faire face à ses trois prochaines échéances d’ici au 19 avril.

Pour obtenir le déblocage des 7,2 milliards d’euros restants du programme d’aide, le gouvernement grec doit allonger sa dernière liste de réformes structurelles retoquée en début de mois pour la faire converger vers les souhaits de ses partenaires. «À court terme, l’enjeu pour les autorités grecques est d’assurer le soutien financier dont le pays a besoin pour faire face à un échéancier de remboursements serré, ce qui implique de revenir sur plusieurs promesses de campagne tout en réussissant à conserver le soutien des électeurs», explique le Crédit Agricole.

Une liste publiée la semaine dernière par l'agence DPA comporte une réforme du système des retraites, une hausse de la TVA, ainsi que des privatisations. L'Etat devrait finalement céder sa participation majoritaire dans le port du Pirée dans les semaines à venir, a indiqué dimanche le vice-Premier ministre Yannis Dragasakis, cité par l'agence de presse Chine nouvelle. «Plus le gouvernement attend, plus la situation se détériore, et plus la probabilité d’être à court de trésorerie augmente», alerte RBS.

Athènes semble au pied du mur. «Mi-avril est certainement le plus loin que peut tenir la Grèce sans aide extérieure compte tenu des trois remboursements importants auxquels le pays doit faire face d’ici là : une échéance d’environ 550 millions d’euros au FMI le 9 avril, 1,4 milliard le 14 avril et 1 milliard le 17 avril en billets de trésorerie», précise RBS. Le pays pourrait même rebasculer en déficit de ses comptes primaires de 3,8 milliards d’euros en avril.

Même si la liste de réformes est approuvée par le «groupe de Bruxelles», remplaçant de la Troïka, les fonds ne seront versés qu’au fil de la mise en œuvre des réformes. Dans le scénario du pire d’un manque de trésorerie, le gouvernement compte sur le reversement des profits réalisés sur les obligations grecques dans le cadre du programme SMP de la BCE de 1,9 milliard d’euros, ou le roulement 2,4 milliards de bons du Trésor. Mais il ne peut plus émettre de nouveaux T-bills.

Athènes pourrait également être contraint de retarder le versement des salaires publics et des retraites et demander une période de grâce au FMI. Une solution extrême qui «accroîtrait la volatilité des marchés et accélérerait certainement la fuite des dépôts», selon RBS. Or, les dépôts ont chuté de 8 milliards d’euros en février et de 25 milliards sur les trois derniers mois. Ceux des ménages et des entreprises sont tombés à 140,5 milliards, au plus bas depuis mars 2005.

La BCE a déjà étendu sa facilité de prêts d'urgence (ELA) aux banques grecques à 71,3 milliards d’euros, mais leur aurait enjoint de stopper leurs achats de dette grecque. Si RBS estime qu’elles peuvent emprunter 69 milliards supplémentaires «compte tenu du collatéral disponible à leur bilan», la banque ajoute que «si les fuites de dépôts se poursuivent à un rythme de 500 millions à un milliard d’euros par jour, Bruxelles pourrait être forcée d’introduire des contrôles de capitaux».

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