«C'est plus l'absence ou la lenteur de la hausse des taux qu'il faut craindre»

le 30/03/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Dominique Barbet, économiste de marché chez BNP Paribas CIB

- L'Agefi : Quelles difficultés la BCE pourrait-elle rencontrer pour respecter les cibles d’achats fixées dans le cadre de son QE ?

- Dominique Barbet : Il est vrai que le QE de la BCE arrive très, voire trop tard, alors que les déficits budgétaires ont déjà été largement réduits. L'offre nette de papier sera donc bien inférieure au programme d'achat de l'Eurosystème. Mais le stock de dette publique est abondant: 7.329 milliards de titres; de plus, il est largement détenu par des investisseurs hors zone euro, qui pourront aisément arbitrer un portefeuille de dette à moyen long terme qui se monte à 4.715 milliards (à fin septembre). D'ailleurs, l'Eurosystème a acquis environ 4 milliards d'euros par jour depuis le 9 mars, soit un rythme supérieur à 60 milliards d'euros par mois. De quoi prendre de l'avance pour les jours où la liquidité sera plus maigre.

- Que se passera-t-il sur le marché des taux européens lorsque la Fed commencera à remonter ses taux ?

- La Fed a indiqué que le taux de chômage structurel est sans doute inférieur à la fourchette communément admise de 5,25% à 5,50%. C'est la preuve que la Fed agira avec une prudence de Sioux. La hausse du taux directeur américain sera d'autant moins un choc en Europe que la BCE est en plein QE. L'appréciation du dollar va peser sur la compétitivité. L'investissement dans le secteur pétrolier, jadis dynamique, est en berne. L'inflation est faible et les tensions salariales négligeables. La Fed peut ainsi prendre le risque d'un dérapage inflationniste qu'elle saura corriger, pas celui d'une déflation. Au final, c'est plus l'absence ou la lenteur de la hausse des taux qu'il faudrait craindre, tant sur le marché des Treasuries qu'en Europe.

Panel Taux. Illustration L'Agefi.
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Panel Taux. Illustration L'Agefi.

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