Les marchés saluent le lancement effectif du QE

le 10/03/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le programme d'achats de titres souverains de la BCE a débuté hier. Le spread Treasuries-Bund est au plus haut.

La BCE trouvera-t-elle suffisamment de titres à acheter dans le cadre de son QE ? La Banque centrale européenne à Francfort © ECB - Robert Metsch

La Banque centrale européenne (BCE) et les banques centrales nationales de la zone euro ont commencé hier à acheter de la dette souveraine dans le cadre du programme d’assouplissement quantitatif (QE) de près de 1.150 milliards d’euros qui sera mené jusqu’au mois de septembre 2016 au moins. Alors que la mise en œuvre du QE avait déjà été bien anticipée par les marchés depuis son annonce en janvier, son démarrage a encore entraîné une compression des rendements souverains et un écartement des spreads avec les Etats hors zone euro.

Hier, les rendements des titres souverains de la plupart des pays de la zone euro se détendaient de quelques points de base (pb). Ceux de la Grèce, exclue du QE, se tendaient au contraire de 64 pb, à 9,73%. Le pays doit toujours trouver un accord avec ses bailleurs de fonds européens sur les réformes qui lui permettront d’obtenir les quelque 7,2 milliards d’euros dus dans le cadre de son programme d'aide.

Le lancement effectif du QE se faisait également ressentir sur les spreads des pays européens. Hier, le spread entre les titres souverains allemands et britanniques à 10 ans s’élargissait de plus de 6 points de base pour atteindre 162 pb. Le spread entre les titres allemands et américains de même maturité augmentait de plus de 4 points de base à 189 pb, un record, alors que les chiffres de l’emploi américain publiés la semaine dernière ont conforté les espoirs d’une hausse des taux par la Fed cette année. L’euro/dollar était à 1,08 hier.

La BCE et les banques centrales nationales se sont engagées à acheter l’équivalent de 60 milliards d’euros par mois de titres d’Etat européens, d’obligations sécurisées et de titrisations. Les banques centrales nationales devraient acheter des titres dans leur juridiction en fonction de leur part au capital de la BCE. Celle-ci devrait dévoiler la semaine prochaine les montants des premiers achats de titres d’Etats, d’agences et d’institutions internationales.

«Nous nous attendons à ce que le programme d’achat de titres du secteur public (PSPP) démarre doucement au cours de ces quelques premiers mois», expliquent les stratégistes taux de la Société Générale. A leurs yeux, la BCE pourrait acheter des montants significatifs d’obligations sécurisées ce qui réduirait d’autant ses achats de dette souveraine. Même si les stratégistes attendent une nouvelle compression des spreads cet été, «seuls les investisseurs ambitieux s’attendent à ce que le mouvement de compression se poursuive de façon aussi intense».

«La BCE va-t-elle trouver suffisamment de titres à acheter? C’est la question clé pour le programme», rappellent les analystes de la recherche crédit de RBS. «Les banques, les fonds de pension et les assurances sont incités à conserver les titres souverains», assurent-t-ils, soulignant que les titres souverains ne sont pas considérés comme risqués dans la régulation.

Beaucoup soulignent aussi l’importance de la possibilité d’utiliser les titres du PSPP en repo. La BCE a confirmé que cette option était ouverte sans donner davantage de détail. « Le manque de papier dans les cadre des achats du QE pourrait créer des tensions substantielles (squeezes) sur le repo, ce qui pèserait sur le fonctionnement du marché», souligne la recherche de Nomura.

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